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Amérique du Sud : entre ressources, souveraineté et nouvelles formes de pouvoir

Cette architecture contractuelle produit des effets géopolitiques tangibles. Lorsque l’administration Trump suspend les concessions de Chevron en 2020, via des sanctions de l’OFAC (Office of Foreign Assets Control), l’entreprise se retrouve juridiquement paralysée. En 2025, elle opère encore sous la licence 41B, qui lui interdit tout paiement au régime tout en lui permettant d’échanger pétrole contre dette, dans un cadre très restreint (4).

En parallèle, Caracas renforce ses alliances avec la Russie et l’Iran. Le groupe Wagner, présent depuis 2017 dans la ceinture de l’Orénoque, et même à proximité du palais présidentiel (5), sécurise les infrastructures extractives. En février 2016, le décret 2248 officialise l’ouverture de l’Arco Minero del Orinoco — une région stratégique de 111 800 km— à l’exploitation de l’or, du coltan et des terres rares. Des entreprises chinoises comme Yankuang Group et CAMC Engineering, ainsi que des groupes russes et turcs y assurent le contrôle opérationnel, contournant les sanctions occidentales.

Cette stratégie est consolidée par une militarisation directe du secteur extractif. Les forces armées, intégrées dans la gestion via la société vénézuélienne CAMIMPEG, contrôlent infrastructures et flux économiques, assumant à la fois le rôle d’acteurs de la rente énergétique et celui de garants de la sécurité du régime.

C’est précisément cette souveraineté juridique, articulée entre droit national, alliances stratégiques et militarisation, qui produit une résilience paradoxale : malgré son isolement diplomatique et la contestation de sa légitimité, le régime de Caracas maintient des liens économiques avec l’Occident. En juillet 2025, Chevron poursuit ses opérations limitées ; Total Energies a réduit sa participation, mais reste exposée à travers des accords passés ; Repsol, quant à elle, a entamé son retrait progressif depuis avril (6). Toutes restent, dans une certaine mesure, liées par des contrats non arbitrables signés avant 2010.

À la croisée des blocs, la ceinture de l’Orénoque préfigure déjà un monde multipolaire : technologies chinoises, sécurisation russe, capitaux occidentaux piégés. Le Vénézuéla, loin d’être un État failli, expérimente une reconfiguration du pouvoir par le droit, où la souveraineté énergétique ne consiste plus à posséder la ressource, mais à contrôler les conditions de son accès, de sa sécurisation et de sa légitimation.

Le Brésil : entre souveraineté juridico-pétrolière et projection climatique

Cette puissance énergétique ambivalente (tiraillée entre affirmation souveraine et ouverture aux capitaux étrangers), n’a pas attendu la découverte de gisements exploitables pour codifier sa souveraineté sur les ressources. Dès 1953, la création de Petrobras sous le gouvernement Vargas institue un monopole d’État adossé à une doctrine d’autonomie industrielle. Le slogan « O petróleo é nosso » (« Le pétrole est à nous »), scelle un pacte entre syndicats, militaires et élites, par lequel la rente énergétique devient un levier d’indépendance stratégique. Cette architecture, toujours active en 2025, confère à l’armée un droit de regard institutionnalisé sur l’entreprise, intégrant l’énergie à l’appareil de sécurité nationale.

Jusqu’aux années 1990, Petrobras opérait seule, consolidant une maitrise verticale du secteur. L’ouverture progressive du marché, encadrée par l’amendement constitutionnel de 1995 et la loi du pétrole de 1997, a permis l’entrée de capitaux privés sans démanteler l’édifice juridique souverain. L’État conserve une action d’or, délimite les blocs stratégiques et impose une clause de juridiction interne dans les contrats d’E&P. Cette clause, déjà présente dans les appels d’offres offshore de Petrobras dès les années 1990, inspirera plus tard d’autres pays du sous-continent, à commencer par le Vénézuéla.

La découverte du « pré-sal » en 2006 reconfigure l’équation énergétique : situés à plus de 2000 mètres sous le plancher océanique, ces gisements offshore font basculer le Brésil dans la cour des grands producteurs. La loi de 2010 impose à Petrobras un rôle d’opérateur exclusif avec droit de préférence sur les zones sensibles. Ce modèle verrouille juridiquement les actifs stratégiques, tout en autorisant une coexploitation strictement supervisée.

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