Le Maroc espère ainsi renforcer son influence dans le monde arabe, mais aussi en Afrique subsaharienne. L’objectif central demeure de conforter la marocanité du Sahara occidental, dossier au cœur des relations conflictuelles avec l’Algérie voisine. Si les États-Unis reconnaissent sa souveraineté sur le Sahara occidental depuis 2020 (dans le cadre des accords d’Abraham), la France a fini par le faire en 2024, portant à 14 le nombre d’États européens à adopter cette position. En 2025, Mohamed VI propose même aux États de l’Alliance des États du Sahel une « initiative atlantique » visant à développer un corridor pour ces États enclavés débouchant sur l’océan au Sahara occidental et en novembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé le plan marocain d’autonomie de la région (dans le cadre du royaume).
Ce dossier est au cœur des tensions historiques avec l’Algérie. Alors qu’elle multiplie les déclarations au Conseil de sécurité de l’ONU (qu’elle a intégré en janvier 2024), particulièrement sur la question palestinienne, son influence régionale et internationale semble en net recul avec un positionnement diplomatique de moins en moins compris. Même l’allié traditionnel russe n’a pas posé de veto au Conseil de sécurité sur la marocanité du Sahara occidental. Le sujet est également un paramètre de la relation bilatérale avec la France. Alors qu’Emmanuel Macron avait multiplié les gestes envers l’Algérie, le rapprochement avec Mohamed VI — scellé lors de la visite du président français en octobre 2024 — a provoqué une grave crise entre Paris et Alger. La libération de l’écrivain Boualem Sansal début novembre 2025, comprise comme un signal, pourrait marquer un début de dégel des relations. Celles avec son autre voisin maghrébin, la Tunisie, sont de plus en plus formelles, tandis que celle avec Bamako — essentielle en termes de sécurité — se dégrade également.
Comme en Turquie à travers les mobilisations en faveur de l’opposition au printemps dernier, les pays du Maghreb souffrent de l’absence de perspectives pour les jeunes générations. Avec une moitié de sa population ayant moins de 30 ans et un taux de chômage d’environ 25 % pour les diplômés de l’enseignement supérieur, le défi demeure entier près de quinze ans après les « printemps arabes » dans le premier pays de ce vaste mouvement de contestations. Dans l’Algérie voisine, un nouvel Hirak (2019) est une préoccupation permanente pour le régime, a fortiori à l’heure de puissantes protestations de la jeunesse marocaine. De grandes manifestations de la « gen Z », mobilisée depuis septembre, contestent la politique de grands travaux et d’influence perçue comme en décalage avec les besoins réels de la population (« Nous ne voulons pas la coupe du Monde, nous voulons la santé »). De ce point de vue, la poussée des populismes en Europe est une autre traduction du malaise de la jeunesse, comme une métaphore de la situation géopolitique.
Note
(1) Lazar Berman, « Qu’en est-il cinq ans après les accords d’Abraham ? », The Times of Israël, 27 septembre 2025 (https://tinyurl.com/3sabbuwb).













