Si le rôle de l’Amérique latine dans les réserves et la production de minerais et de métaux relève de l’évidence, quelle position tient-elle au sein des réseaux miniers mondiaux que tentent de tisser les principales puissances ? Les retombées économiques seront-elles contrastées par les impacts environnementaux ?
La région latino-américaine occupe une place stratégique dans les réserves et la production mondiales de minerais et de métaux. Au cœur des réseaux miniers que les grandes puissances cherchent à consolider, elle fait face à des enjeux économiques majeurs et à de fortes pressions environnementales. Cette compétition redessine en profondeur les équilibres géopolitiques et les trajectoires de développement des principaux pays producteurs.
L’Amérique latine est également au cœur des enjeux pétroliers, comme en témoignent les événements observés début 2026 au Vénézuéla, qui détient les premières réserves mondiales de pétrole (17,5 % du total). Elle est également centrale dans les filières des matières premières liées aux minerais et aux métaux critiques. Ces derniers suscitent un intérêt croissant de la part de nombreux acteurs, parce qu’ils jouent un rôle stratégique dans les transitions bas carbone et numérique, mais également dans l’ensemble des technologies du secteur de la défense. L’Amérique latine apparait incontournable dans cette nouvelle géopolitique des métaux. La dernière étude de S&P Global Market Intelligence (1) révèle en effet que, sur le budget mondial consacré à l’exploration des métaux non ferreux (environ 12,4 milliards de dollars en 2025), l’ensemble des pays miniers de la région a rassemblé environ 3,2 milliards de dollars, soit 26 % des dépenses mondiales. Certes, ils sont encore loin des « Big 3 » (Canada, Australie et États-Unis) qui, à eux seuls, totalisent près de 45 % des dépenses mondiales. Toutefois, les montants observés au Chili (874,7 millions de dollars), au Pérou (573,5), au Mexique (561,6), en Argentine (430,8) et au Brésil (347) démontrent l’intérêt stratégique pour la région. Celle-ci est ainsi devenue l’épicentre des questions minérales et attise la convoitise des grandes puissances mondiales — Chine, États-Unis et Union européenne (UE).
L’Amérique latine : un continent extractiviste ?
Selon le Groupe international d’experts sur les ressources (IRP) du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) (2), l’extraction mondiale de minerais métalliques a quadruplé depuis 1970, passant de 2,6 milliards à environ 10,6 milliards de tonnes en 2024. Elle s’est développée sur l’ensemble des continents, mais sa croissance a été particulièrement marquée en Asie-Pacifique (+1 219 % depuis 1970), en Amérique latine (+ 953 %) et en Afrique (+ 105 %). En volume, l’extraction a été portée plus particulièrement par celle du cuivre, de l’argent et du zinc (Chili, Pérou), mais aussi par celle du minerai de fer et de la bauxite (Brésil), ainsi que, sur la période récente, par les développements observés dans le secteur du lithium (Argentine, Chili). Aujourd’hui, l’Amérique latine et les Caraïbes représentent environ 25 % des extractions mondiales de minerais métalliques (graphique 1), contre 10 % en 1970.
Les principaux pays miniers latino-américains sont riches en matières premières, qui s’y déclinent en une grande diversité. La région dispose notamment de réserves de niobium (3) (1 % des réserves mondiales au Brésil), de cobalt (4 % à Cuba), d’or (9 %, répartis entre le Brésil, le Mexique et le Pérou), de nickel et de bauxite (11 % à 12 %, entre le Brésil et la Jamaïque), de molybdène et de cuivre (22 % et 32 %, entre le Chili, le Mexique et le Pérou), de graphite et de terres rares (21 % et 24,5 % au Brésil), ainsi que de lithium (38 %, entre le Chili, l’Argentine et le Brésil) (graphique 2).
Selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), le paysage minier est toutefois un peu plus contrasté en matière de production. En effet, bien qu’elle concentre 24,5 % des réserves mondiales de terres rares, l’Amérique latine n’en produit que 0,5 %. À l’inverse, bien que le Brésil ne détienne que 1 % des réserves de niobium, le pays assure 93 % de sa production. La production régionale est par ailleurs particulièrement affirmée pour l’argent (43,5 % de la production mondiale), le cuivre (37,5 %), le molybdène (37,5 %), le lithium (31,5 %), le minerai de fer (17 %) et l’or (9 %).
Le marché du lithium est emblématique des enjeux miniers dans la région. En effet, celle-ci concentre 43,5 % des ressources mondiales (4), réparties entre l’Argentine (28 millions de tonnes), la Bolivie (23 millions) et le Chili (13 millions), ainsi que 38 % des réserves, mais seulement 31 % de la production. Malgré les deuxièmes ressources mondiales, la Bolivie ne dispose pas, à ce jour, d’une production industrielle. Cet écart entre le potentiel géologique et la production reflète l’insuffisance des politiques menées dans le secteur minier en Amérique latine, notamment en matière de régulation minière, d’attractivité, de financement du secteur ainsi que d’existence et de qualité des infrastructures.














