Magazine Les Grands Dossiers de Diplomatie

Haïti, une saison en enfer

Face à cet échec, l’ONU a décidé de donner un mandat plus offensif à une nouvelle mission : la Force de Répression des Gangs (FRG). Adoptée le 30 septembre 2025, la résolution 2793 du Conseil de Sécurité lui confie une mission plus agressive et une structure opérationnelle renforcée. Elle doit se composer de 5550 personnels militaires et policiers et être secondée par le Bureau d’Appui des Nations Unies pour Haïti (BANUH) créé pour lui fournir un soutien logistique et médical pour une période initiale de 12 mois. Cependant, cette nouvelle force ne devrait être pleinement opérationnelle qu’à partir de l’été 2026. De plus, cet engagement renouvelé de la communauté internationale laisse encore en suspens beaucoup de questions essentielles qui se posaient déjà au sujet de la MMAS. Quelle est la mission exacte de cette FSG ? En effet, si l’ONU emploie le mot de « suppression » des gangs, la diplomatie française parle, quant à elle, de force de « répression », laissant deviner de possibles divergences d’interprétation. Quels États sont disposés à envoyer des troupes dans le chaos haïtien ? Qui en assurera le leadership opérationnel ? Comment assurer à cette force un financement suffisant et pérenne, indépendant des contributions étatiques volontaires jusque-là insuffisantes ? Quelle sera la réaction de la population haïtienne qui a accueilli cette nouvelle avec beaucoup de prudence ? Et quelle sera celle des gangs qui ont jusqu’à présent fait preuve d’un grand sens d’adaptation ?

Car au-delà se pose également la question de l’équilibre d’une région déjà sévèrement déstabilisée par le narcotrafic et la politique de pression maximale menée par l’administration Trump à l’égard des régimes cubain et vénézuélien. Le premier pays concerné est évidemment la République dominicaine, qui craint par-dessus tout une contagion de la crise sur son territoire : en sus de l’expulsion massive d’Haïtiens, le voisin dominicain continue sa politique de réarmement ainsi que la construction d’un mur de séparation sur 170 des 340 kilomètres de frontières communes. Mais l’ensemble des pays de la Caraïbe sont touchés par la crise haïtienne qui menace les équilibres déjà fragiles de ces sociétés insulaires.

Plus que jamais, Haïti se trouve au centre des tensions régionales qui agitent la Caraïbe, sans qu’apparaisse encore une véritable perspective de sortie de crise. Son avenir dépend désormais de la capacité de la communauté internationale non plus seulement à se mobiliser, mais à éviter l’effondrement annoncé de l’État.

Repères

Légende de la photo en première page : Nation la plus pauvre du continent américain, Haïti est aujourd’hui mise à genoux par la violence des gangs qui impacte fortement la population : 1,3 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays en raison des gangs et la moitié de la population a besoin d’aide humanitaire. (© Xinhua)

Article paru dans la revue Les Grands Dossiers de Diplomatie n°89, « L’état des conflits dans le monde 2026 », Décembre 2025-Janvier 2026.
0
Votre panier