Alors qu’aujourd’hui, la Corée du Sud fait figure de modèle de réussite pour la diffusion de sa culture à l’échelle internationale, quelles sont les stratégies développées par la Chine pour favoriser la diffusion de ses films, séries ou musiques à l’étranger ? La Chine s’inspire-t-elle de la « Hallyu » coréenne ou a-t-elle sa propre recette ?
N. Rouiaï : La Corée du Sud et la Chine incarnent deux modèles de puissance culturelle aux logiques très différentes. La « vague coréenne » (Hallyu) s’est imposée grâce à un écosystème où l’État soutient, sans contrôler. Les autorités ont accompagné la diffusion de la K-pop, des séries et du cinéma, mais ce sont surtout les agences d’artistes, les producteurs et les studios qui ont façonné des contenus calibrés pour séduire un public mondial. Résultat : une offre culturelle compétitive et intégrée, qui combine musique, écrans, gastronomie et mode pour proposer un véritable art de vivre coréen.
La Chine, elle, suit une autre voie. Depuis les années 2000, Pékin a mis en place une stratégie centralisée, avec la création de China Media Group, la réorientation des Instituts Confucius vers l’Asie, l’Afrique ou l’Amérique latine, et l’intégration de certains festivals ou de coproductions dans l’initiative des nouvelles routes de la soie. L’objectif est ici de maitriser les récits et d’imposer l’image d’une Chine moderne et incontournable.
Le cinéma a connu une phase d’ouverture dans les années 2000-2010, avec le succès mondial des grands films de sabre comme Tigre et Dragon d’Ang Lee (2000), coproduction entre Taïwan, Hong Kong, la Chine et les États-Unis, qui symbolisait alors une Chine ouverte et désireuse de reconnaissance. Mais cette parenthèse s’est refermée. L’industrie se recentre désormais largement sur son marché intérieur, dominé par des films patriotiques (Wolf Warrior 2, La Bataille du lac Changjin) qui exaltent la puissance nationale. Triomphes au box-office chinois, ils restent difficilement exportables car conçus avant tout pour renforcer la cohésion nationale.
En somme, on assiste à deux stratégies distinctes : la Corée du Sud parie sur l’exportation d’une culture populaire mondialisée ; la Chine sur une communication culturelle plus étatisée, davantage tournée vers l’intérieur et vers certains publics ciblés à l’étranger.
Quels sont les principaux symboles, personnages ou récits traditionnels chinois qui servent aujourd’hui de marqueurs du soft power culturel chinois à l’international ? Et dans quelle mesure ces symboles contribuent-ils à ancrer des marqueurs culturels chinois dans le quotidien des publics étrangers ?
Un exemple emblématique est celui de Sun Wukong, le Roi Singe, héros du roman classique La Pérégrination vers l’Ouest, rédigé au XVIe siècle par Wu Cheng’en. Cette figure mythologique est aujourd’hui au cœur du jeu vidéo Black Myth: Wukong, créé par le studio indépendant chinois Game Science et sorti en 2024. Le titre a rencontré un succès mondial immédiat, illustrant la capacité de la Chine à transformer un récit fondateur en produit culturel global. En combinant une légende ancienne avec les standards techniques des grands jeux vidéo contemporains, il a permis à des millions de joueurs d’entrer dans un univers profondément chinois, tout en restant accessible au public international.














