En outre, des drones MALE (Medium altitude, long endurance) armés orbitent régulièrement à proximité de ces sites. Or, le lancement des missiles révèle instantanément aux satellites de détection américains la position des Transporteurs-érecteurs – lanceurs (TEL), du fait de la signature infrarouge massive causée par l’ignition des propulseurs. Si seule la destruction de 40 TEL iraniens avait été visuellement confirmée au 25 mars 2026, tandis que les lanceurs de drones constituent des cibles bien plus difficiles à détecter en raison de leur discrétion, cette pression affecte nécessairement la cadence de tir des servants iraniens, quand bien même l’attrition subie par la flotte de drones MALE coalisée est importante, avec la destruction, visuellement confirmée à la même date, de 20 Hermes 900, Heron TP et MQ‑9 Reaper. La seconde raison réside vraisemblablement dans la posture asymétrique iranienne, car celle-ci implique de faire durer les stocks existants de missiles, de drones et de lanceurs en maintenant un volume de tirs réduit, mais soutenable dans la durée (4).
Un bouclier et ses faiblesses
Les Iraniens doivent également compter avec des ombrelles protectrices régionales particulièrement développées. Le cœur du dispositif aérien attaquant l’Iran est ainsi concentré sur les bases aériennes israéliennes ainsi que celle de Muwaffaq Salti, en Jordanie, tandis qu’Israël est protégé par une défense multicouche incluant une dizaine de batteries d’Arrow 2 et Arrow 3 et de David Sling, au moins une batterie de THAAD (Terminal high altitude area defence) et plusieurs destroyers américains dotés du système Aegis. Plusieurs autres batteries américaines de Patriot et de THAAD sont également présentes sur le théâtre, tandis que les États du Conseil de coopération du Golfe (Arabie saoudite, Koweït, Bahreïn, Émirats arabes unis, Qatar et Oman) alignent un total de 58 batteries de Patriot, quatre de THAAD et quatre de Cheongung, toutes capables d’engager des missiles balistiques. Cette défense compte en revanche deux talons d’Achille.
Le premier est lié à l’ampleur des stocks d’intercepteurs disponibles. Les Israéliens n’auraient disposé, au début de la guerre, que de 150 intercepteurs Arrow 2 et Arrow 3 et de 250 autres pour leurs systèmes David Sling, et en auraient consommé respectivement 122 et 135 à l’issue des 16 premiers jours du conflit. Dans le même temps, les Émirats arabes unis, qui disposaient de 1 862 intercepteurs équipant leurs 13 batteries de Patriot (1 270), quatre batteries de Cheongung (400) et deux de THAAD (192), ont dû en consommer près de 750 contre les 372 missiles balistiques engagés entre le 28 février et le 26 mars 2026, si l’on se tient au ratio classique de deux intercepteurs par missile. Dans la pratique, des conseillers ukrainiens détachés dans le golfe Persique ont fait état de leur étonnement quant à la prodigalité de leurs collègues américains et arabes, qui tendent à lancer régulièrement un nombre bien plus élevé d’intercepteurs contre une unique cible, notamment parce que leurs systèmes opèrent en mode d’engagement automatique ; ce fait est confirmé par plusieurs vidéos attestant le tir de multiples intercepteurs contre un unique objectif. La seconde faiblesse majeure réside dans le fait que la stratégie capacitaire suivie durant les deux décennies précédentes a privilégié la menace des missiles balistiques. En conséquence, et faute de systèmes spécifiques et peu coûteux en suffisance, les intercepteurs sont également utilisés afin d’engager les drones qui parviennent à franchir la première ligne de défense constituée par les patrouilles de chasse et d’hélicoptères (5). Ainsi, un premier effet des tirs iraniens de missiles et d’OWA-UAV réside dans l’attrition rapide des stocks d’intercepteurs, les inventaires de MIM‑140 Talon et d’Arrow 2 et Arrow 3 en particulier ayant probablement été quasi épuisés à l’issue du premier mois de la guerre (6).
SEAD
Le Sepâh et l’Artesh semblent systématiquement combiner l’usage de leurs OWA-UAV et celui de missiles, balistiques ou de croisière, afin que ceux-ci atteignent leur objectif dans une fenêtre de temps très courte, de manière à confronter les batteries ennemies à deux types de menaces simultanément. Les drones semblent également manœuvrer pour prendre leur objectif en tenaille afin de compliquer encore davantage la tâche des défenseurs, comme le font de longue date les Russes contre l’Ukraine. Dans le cas israélien, la moitié des missiles balistiques tirés emportent des charges à sous-munitions larguées à très haute altitude avec une précision aléatoire, mais aussi l’avantage d’être beaucoup plus difficiles à intercepter. Si les frappes de contre – valeur contre des sites industriels et pétroliers, des zones d’habitation, le trafic maritime, des aéroports internationaux ou encore des sites symboliques comme les représentations diplomatiques américaines ont le plus retenu l’attention en raison de leur visibilité, les Iraniens ont également consacré une part importante de leurs moyens à la conduite de frappes de contre – force quand bien même ce sont les cibles de contre – valeur qui ont de très loin l’impact stratégique le plus important.
Dès le premier jour de la guerre, un effort délibéré a ainsi été engagé contre l’architecture intégrée de défense aérienne couvrant la région. Un AN/FPS‑132, destiné à la détection des menaces balistiques jusqu’à une distance de 5 000 km et installé au Qatar, a ainsi été rapidement endommagé par un OWA-UAV, tandis que deux batteries de THAAD situées aux Émirats arabes unis, une troisième en Arabie saoudite et une quatrième en Jordanie ont également été ciblées. Les Iraniens se sont concentrés sur la neutralisation de leurs radars de veille et de conduite de tir AN/TPY‑2, sans lesquels ces systèmes deviennent en grande partie inopérants. La destruction d’au moins l’un de ces radars a pu être confirmée de manière irréfutable. En outre, le Sepâh a indiqué avoir visé à plusieurs reprises les batteries Arrow israéliennes, sans que les résultats de ces frappes soient connus. En revanche, une batterie de Patriot a été touchée à Bahreïn. Enfin, les infrastructures de communication ont également été ciblées, avec à la clé la destruction visuellement confirmée de trois terminaux satellitaires situés sur des bases américaines de la région (7).













