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« Promesse véritable IV ». Un premier bilan des frappes de contre-force iraniennes

Counter-air

Outre ces activités de suppression des défenses aériennes, le Sepâh et l’Artesh n’ont cessé de cibler les sites militaires de la région, en mettant un accent particulier sur les bases aériennes. Ainsi, 51 des 100 impacts recensés au 25 mars sur 19 sites situés à Bahreïn, en Arabie saoudite, en Irak, au Koweït, en Jordanie, au Qatar et aux Émirats arabes unis ont touché des bases aériennes. Ils seraient à l’origine de l’endommagement de cinq KC‑135 de ravitaillement en vol américains sur la base saoudienne Prince Sultan à la mi-mars. Le 27 mars, plusieurs autres impacts ont détruit sur cette même base un E‑3G Sentry et au moins un KC‑135, tandis qu’un UCAV Predator italien a été détruit et deux Typhoon endommagés sur la base d’Ali al-Salman au Koweït. Par ailleurs, l’imagerie satellitaire a également révélé des dizaines de hangars détruits ou endommagés, sans que l’on sache ce qu’ils contenaient et donc l’ampleur exacte des dégâts subis.

Au 28 mars, sept militaires américains avaient été tués et plus de 300 autres blessés à divers degrés. En revanche, pratiquement aucune information ne filtre quant aux éventuels impacts sur les sites militaires israéliens, faute d’imagerie satellitaire disponible ou d’indiscrétions dans la presse, même si le Sepâh a mentionné une multitude de frappes contre l’aéroport international Ben Gourion à Tel-Aviv, utilisé comme hub pour les KC‑135 américains, ou encore des centres destinés au maintien en condition opérationnelle des avions israéliens. D’autres attaques viseraient les bâtiments des divers services de renseignement israéliens, ainsi que le quartier général du ministère de la Défense et même, à au moins une occasion, les bureaux du Premier ministre. En outre, plusieurs séries de frappes ont visé des camps insurgés kurdes iraniens dans le Kurdistan, le parti Komala étant régulièrement cité dans les communiqués du Sepâh, dans le but de prévenir une tentative d’invasion du Kurdistan iranien par ces groupes avec le soutien de forces spéciales américaines et israéliennes (8).

Adaptation et contre-adaptation

Si les dégâts apparents semblent limités au vu des milliers de missiles et de drones tirés, l’impact global de la campagne iranienne de contre-force ne saurait être sous-estimé. Outre l’épuisement des stocks d’intercepteurs, elle a en effet rapidement contraint les Américains à reloger certaines de leurs troupes dans des hôtels et à les faire travailler à distance, ne conservant sur les bases que le personnel essentiel à la conduite des opérations, ce qui a complexifié la myriade d’interactions nécessaires au bon fonctionnement de la machine de guerre américaine. Il demeure toutefois difficile de déterminer si ces mesures ont joué un rôle dans la diminution d’environ 20 % du nombre moyen de cibles frappées quotidiennement par les forces américaines entre la première et la seconde moitié du mois de mars. Dans tous les cas, cette séquence démontre surtout que le recours à des effecteurs low cost comme les OWA-UAV et dans une moindre mesure les missiles balistiques, développés par les Iraniens comme des palliatifs à une force aérienne conventionnelle, peut aisément s’inscrire dans la grammaire classique des opérations aériennes avec un accent, en l’espèce un accent marqué, sur le SEAD, le counter-air et la traque des multiplicateurs de forces ennemis.

L’opération « Epic Fury » voit aussi, pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale, les forces américaines opérer sous la menace de frappes aériennes menées à une échelle significative, les plaçant dans un paradigme pour lequel elles n’étaient que partiellement préparées. En témoigne le fait que les positions des batteries Patriot et THAAD sont demeurées inchangées durant les mois précédant le déclenchement de l’opération, facilitant considérablement le ciblage iranien. La prise en compte, à l’évidence très imparfaite, de la menace représentée par la masse peu coûteuse des OWA-UAV, dans un contexte où l’industrie iranienne était réputée innovante en la matière et où leur usage est endémique en Ukraine depuis des années, semble quant à elle illustrer le coût concret que peut engendrer la difficulté des grandes organisations à s’adapter, au-delà des effets d’annonce (9).

Notes

(1) L’arsenal de missiles balistiques à moyenne portée (1 000 à 2 000 km) iranien était estimé par les Israéliens à environ 2 500 engins au début de 2026. Pour un aperçu plus détaillé des structures et de la composition des arsenaux, voir Joseph Henrotin, « L’Iran, puissance de l’échange aérobalistique », Défense & Sécurité Internationale, no 170, mars-avril 2024 et Adrien Fontanellaz, « Proche-Orient et Moyen-Orient : missiles dans la nuit », Défense & Sécurité Internationale, hors-série no 97, août-septembre 2024 et « Promesse véritable 3 » : les frappes iraniennes de la “guerre des douze jours” », Défense & Sécurité Internationale, no 179, septembre-octobre 2024.

(2) Marek Brylew, « Basiji-Iranian Militia as an element of “Mosaic Defence” and the Guarantee of the Islamic Regime », Journal of Modern Science, 2/62/2025 ; « Iran’s Mosaic Defence. Strategic Doctrine, Proxy Networks & Asymmetric Warfare », Commandeleven intelligence, mars 2026.

(3) Tasnim News Agency, « Iran Air Force Bombs US’ Regional Bases », 1er mars 2026 et « Spokesman Gives Details of 26th Day of Iran’s Retaliatory Operations », 26 mars 2026 ; infographie via le compte X @Marioleb79 n’incluant pas les tirs contre la Jordanie et l’Irak. Le blog Horizon Insights mentionne par exemple un total d’au minimum 4 823 munitions tirées entre le 28 février et le 18 mars 2026. Il est à noter que le Qatar et les Émirats arabes unis, dans le second cas depuis le 11 mars, ne mentionnent que les munitions engagées ou détruites. Emanuel (Mannie) Fabian @manniefabian, compte X, 6 et 16 mars 2026 ; Bar Peleg et Avi Scharf, « 470 Missiles, With Rate Rising: First 25 Days of the War With Iran », Haaretz, 25 mars 2026 ; Mostafa Salem, « Exclusive: Iranian bombers were ‘two minutes’ from striking US air base before Qatari planes shot them down », CNN World, 5 mars 2026.

(4) « Operation Epic Fury – Documenting Equipment Losses during the 2026 Israel/USA – Iran War », compte Substack de Elmustek, consulté le 27 mars 2026 ; Emanuel (Mannie) Fabian @manniefabian, compte X, 19 et 20 mars 2026. Il est à noter que les Israéliens ont reconnu le 20 mars la perte d’entre 10 et 20 drones, alors que la presse américaine faisait état de la perte de 11 MQ-9 Reaper au 9 mars 2026 : CBS News « US Military has lost 2 more MQ-9 Reaper drones, raising total to 11 », 9 mars 2026.

(5) SIPRI database, consultée le 14 mars 2026 ; Macdonald Amoah, Morgan D. Bazilian et Jahara Matisek, « Over 11,000 munitions in 16 Days of the Iran War: ‘Command of the Reload’ Governs Endurance », RUSI Commentary, 24 mars 2026 ; infographie du ministère de la Défense des EAU, 26 mars 2026 ; Julia Struck-Feshchenko, « Ukraine Slams Costly US Tactics: Millions Spent to Down Cheap Drones », Kyiv Post, 20 mars 2026.

(6) Shelby Talcott, « Israel is running critically low on interceptors, US officials say », Semafor, 15 mars 2026.

(7) Arash Marzbanmehr, « Blinding US Eyes in the Middle East », Aljazeera Centre for Studies, 10 mars 2026 ; Elmustek, « Operation Epic Fury – Documenting Equipment Losses during the 2026 Israel/USA – Iran War », compte Substack, consulté le 29 mars 2026 ; Tasnim News Agency, « Iranian Navy Conducts Massive Drone Attack on US, Israeli Targets », 7 mars 2026 et « American FP-132 Radar in Qatar Destroyed in IRGC Attack », 28 février 2026.

(8) Fabian Hinz, infographie, 25 mars 2026 ; Lara Seligman et Shelby Holliday, « Five Air Force Refueling Planes Hit in Iranian Strike on Saudi Arabia », The Wall Street Journal, 14 mars 2026 ; Francesco Grignetti, « Chiusi nei bunker e senza missione. I militari italiani isolati in Kuwait », La Stampa, 18 mars 2026 ; Tasnim News Agency, « Iran Conducts New Round of Counterattacks on US, Israeli Targets », 22 mars 2026, « IRGC Targets US-Israeli Air Infrastructure in Fresh Wave of Strikes », 29 mars 2026, « IRGC Strikes Tel Aviv, Ben Gurion Airport with Khoramshahr-4 Missiles », 5 mars 2026, « Iranian Army Attacks Israeli Air Support Centers, Vital Equipment of Mossad », 26 mars 2026 et « Iranian Army Launches Drone Operation against Israeli Military Intelligence Targets », 11 mars 2026 ; Emanuel Fabian, « 9 US refueling tankers arrived at Ben Gurion overnight, tracking data shows », Times of Israel, 27 février 2026 ; « Iranian attack on Saudi base injures U.S. troops as more American forces arrive in the Middle East », PBS News, 28 mars 2026.

(9) Helene Cooper et Eric Schmitt, « Damage to U.S bases force Pentagon to move troops », The New York Times, 27 mars 2026 ; infographies du CENTCOM sur l’opération « Epic Fury », 16 et 28 mars 2026 ; Julia Struck-Feshchenko, « Ukraine Slams Costly US Tactics: Millions Spent to Down Cheap Drones », art. cité.

Légende de la photo en première page : Dans Téhéran. La dimension de fierté nationale attachée au programme aérobalistique est notable. (© Saerediex/Shutterstock)

Article paru dans la revue DSI n°183, « La guerre en Iran : stratégies, ripostes, enjeux », Mai-Juin 2026.
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