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Les lance‑roquettes multiples russes : l’heure de tourner la page soviétique ?

Outre les véhicules, un travail de fond est entrepris au niveau des munitions employées. Concernant les roquettes de 122 et 300 mm, les axes de développement portent sur des munitions plus précises et à l’allonge accrue. En quelques années, les Russes vont développer en calibre 122 mm les 9M521/9M538/9M539 et 9M541 et, en calibre 300 mm, les 9M542/9M544 et 9M549. Selon le modèle, elles disposent soit d’une allonge accrue (maximum 25 km pour le 122 mm et maximum 120 km pour le 300 mm) soit de charges explosives plus destructrices et bénéficient d’un guidage par Glonass.

En février 2022, à la veille de l’invasion de l’Ukraine, les forces terrestres russes disposent de 9K51 Grad/9K51M Tornado‑G (122 mm), de 9K58 Smerch/9K515 Tornado‑S (300 mm) et enfin de 9K57 Uragan (220 mm). Les contre‑performances des systèmes déployés ainsi que les lourdes pertes enregistrées(6) vont pousser les Russes à accélérer les travaux sur les équipements à disposition, de manière intéressante. Ils vont ainsi appliquer leur recette traditionnelle, combinant à la fois le développement de nouveaux modèles de lance‑roquettes multiples (solutions pour l’avenir) tout en revalorisant les modèles à disposition (solutions pour le présent et le futur proche).

Un nouveau châssis pour le 9K57 Uragan (220 mm)

Le système 9K57 Uragan(7), d’un calibre de 220 mm, est entré en service en 1975. Le lanceur 9P140 emporte un ensemble de seize tubes de 220 mm installés sur un châssis massif 8×8 ZiL‑135LM propulsé par deux moteurs à essence. Avec une portée minimale de huit kilomètres et maximale de 35 kilomètres, le lanceur est en mesure de tirer une dotation de 16 roquettes en moins de 20 secondes ce qui lui permet de ratisser une zone évaluée à 42,6 hectares en une seule passe de tir. Avec environ 150 lanceurs complétés par un stock placé en réserve, la disparition progressive du système Uragan de la dotation russe (d’où l’absence d’un Tornado pour le remplacer) semblait s’imposer. L’obsolescence technique de son châssis découlant des difficultés à le maintenir(8) ainsi que l’absence de nouvelles munitions faisaient de ce dernier un candidat idéal pour la retraite. Les lourdes pertes enregistrées en Ukraine ainsi que l’existence d’un stock important de lanceurs 9P140 à disposition semblent avoir significativement changé la donne.

Vu les limitations techniques du châssis (comprenant deux moteurs ZiL‑375Ya fonctionnant à l’essence et disposant chacun de leur propre transmission agissant sur un seul côté du véhicule), les responsables russes vont lancer le développement, au milieu des années 1990, du 9K512 Uragan‑1M. Ce projet, qui tablait à l’origine sur l’emploi d’un châssis 8×8 BAZ‑6910, verra finalement le châssis ZiL remplacé par un nouveau châssis 8×8 MZKT‑7930 donnant naissance au lanceur 9A53, qui voit en outre les tubes pour roquettes remplacés par des paniers de transport et de lancement. Ce lanceur peut emporter soit 12 roquettes de 300 mm (assemblées dans deux paniers 9Ya295 de six roquettes) soit 30 roquettes de 220 mm (assemblées dans deux paniers de 15) soit un panachage des deux calibres selon les besoins opérationnels. L’Uragan‑1M se distinguait par son aptitude à tirer les roquettes de 220 mm du système Uragan ainsi que les roquettes de 300 mm du système Smerch.

Ses essais étatiques débuteront en 2012 et, malgré leur fin concluante en 2015, la Russie ne recevra que six 9A53. L’absence de passage en production de série, les difficultés à maintenir le véhicule en conditions opérationnelles ainsi que les pertes enregistrées en Ukraine condamnaient de facto l’Uragan. Néanmoins, des images publiées fin 2023 illustrant un système 9K57 Uragan installé sur un châssis 6×6 BAZ‑69092 montrent que les militaires russes ont décidé de revaloriser l’ensemble en remplaçant le châssis ZiL par un châssis moderne et unifié avec d’autres systèmes (S‑350, S‑400, etc…). Outre l’emploi d’un châssis connu de facture nationale, le gain en performances et en simplicité d’exploitation en comparaison avec le ZiL‑135LM s’annonce d’ores et déjà des plus pertinents. Le nouveau châssis est de plus petit gabarit (6×6 contre 8×8) et propulsé par une motorisation simplifiée (un seul moteur diesel YaMZ‑8491.10‑032 de 450 ch en lieu et place de deux moteurs essence ZiL‑375Ya développant 360 ch) qui offre à l’ensemble des performances largement revues avec une vitesse de pointe pouvant monter à 80 km/h sur routes goudronnées (65 km/h pour le châssis ZiL) ainsi qu’une autonomie maximale sur routes pouvant atteindre 1 000 km (570 km pour le châssis ZiL). À l’inverse, aucun travail n’a été entrepris sur le système de ciblage : les Uragan rééquipés avec le châssis BAZ‑69092 disposent donc toujours des mêmes performances offensives qu’à l’origine.

De manière surprenante, les véhicules ainsi rééquipés ne bénéficient pas d’une cabine blindée, tout au plus quelques grilles de protection anti‑drones sont présentes, les équipages bricolant les véhicules en unités. Aucune donnée précise n’a été communiquée sur la systématisation de ce rééquipement, néanmoins plusieurs trains transportant des Uragan sur châssis BAZ ont été photographiés en Russie ces derniers mois.

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