Les travaux effectués sur le 9K58‑4 Kama vont servir de base au développement d’un nouveau système d’artillerie dont le développement est annoncé en juin 2023. Répondant au nom de Sarma, le système récupère le panier à roquettes MZ‑196 contenant six tubes de 300 mm qui prennent place sur un châssis KamAZ‑63501 dont la cabine est blindée et offre – enfin – une protection pour l’équipage face aux tirs d’armes légères. Les tubes de 300 mm permettent de tirer l’ensemble de la dotation Smerch/Tornado‑S. Néanmoins, en comparaison avec ces derniers, la capacité offensive d’un Sarma est réduite de moitié même si la mobilité du système est revue à la hausse. La masse d’un lanceur Sarma est évaluée, en l’absence de chiffres officiels pour l’instant, à 33 tonnes. Comparativement, les lanceurs 9A52‑4 (Smerch) et 9A54 (Tornado‑S) en charge culminent à 43 tonnes, soit un delta d’environ 25 % entre les deux systèmes.
Autre élément à souligner, l’usage d’une architecture composée de tubes fixes d’un calibre de 300 mm ne permet pas de panacher l’ensemble avec des tubes d’autres calibres, le Sarma marque donc le pas au niveau de la polyvalence et de la modularité face aux productions occidentales avec leurs paniers reconfigurables pouvant embarquer des armements de calibres différents. Cependant, l’intégration de la nouvelle munition guidée UMPB D‑30SN (avec ajout d’un booster nécessaire pour le lancement) dans la dotation du Tornado‑S et du Sarma va augmenter la capacité de frappe de précision à très longue portée qui sera la bienvenue pour cet équipement.
Une fuite de documents provenant de hackers ukrainiens, donc à envisager avec les réserves de rigueur, indique que les forces armées russes ont passé commande de deux divisions de Sarma, soit l’équivalent de 12 lanceurs ainsi que les véhicules de soutien logistique liés. Cette commande vient donc directement confirmer que le système Sarma est en production de série.
Changement d’époque ?
On peut le voir dans ce rapide aperçu, il y a eu plus d’évolutions depuis 2022 qu’il n’y en a eu depuis 1991. Travaillant en parallèle sur plusieurs fronts, les responsables et industriels appliquent la méthode russe coutumière en mélangeant revalorisation de l’ancien couplé au développement du neuf. Il n’empêche que les travaux en cours ne sont que l’arbre qui cache la forêt. Il s’agit avant tout de rattraper le retard important accumulé ces 30 dernières années et dont les premières réponses sont le programme Tornado présenté en 2012. Comparaison n’est pas raison et la guerre ne se gagne pas (uniquement) en comparant des chiffres, mais la différence de performances entre les systèmes occidentaux les plus modernes (K239 Chunmoo, M‑142 HIMARS, PULS) et leurs homologues russes montre le déclassement évident de ces derniers.
La guerre remplissant son rôle d’accélérateur, on peut voir plusieurs évolutions se dessiner à l’horizon : le segment lourd (300 mm) disposera à terme du Sarma pour assurer son renouvellement, le segment médian (220 mm/122 mm) pourra se reposer sur le Vozrozhdenie tandis que le segment léger se reposera soit sur le Tornado‑G, dont certains exemplaires sont maintenant montés sur châssis KamAZ‑5350, soit sur le même Vozrozhdenie dont le double calibre lui permettra de couvrir les deux capacités. Les Russes n’ont pas encore franchi le « cap » de l’architecture du panier modulable pouvant emporter plusieurs types de munitions. Cependant le développement de nouvelles munitions avec une allonge augmentée et une précision accrue est significatif. Ce faisant, en reculant les lanceurs de la ligne de contact, les nouvelles munitions vont permettre d’augmenter les chances de survie de ces derniers.
Au vu de la place centrale occupée par l’artillerie dans le dispositif offensif russe, on comprend mieux en quoi les évolutions récentes méritent d’être suivies avec attention : l’intégration systématique des drones dans le complexe de recherche/détection/illumination ainsi que la prise en compte de la menace qu’ils génèrent, fait que la doctrine d’emploi des LRM russes se transforme en profondeur, entraînant directement les évolutions techniques constatées. L’artillerie voit son rôle principal, qui consistait à écraser l’ennemi sous un volume de feu massif évoluer vers une capacité de frappe de précision à plus grande distance, principalement pour se protéger des drones rôdant à proximité de la ligne de contact. Les évolutions en matière de mobilité des lanceurs s’inscrivent exactement dans ce cadre. En agissant de la sorte, les Russes tournent donc la page de l’héritage soviétique où la masse, la concentration et le volume primaient pour passer à un ensemble beaucoup plus souple, plus mobile et précis en adéquation avec les contraintes et menaces des champs de bataille contemporains… In fine, si toutes les évolutions observées se concrétisent, pourrait très clairement se révéler beaucoup plus dangereuse demain qu’aujourd’hui.
Notes
(1) Par des équipages peu instruits et rapidement formés.
(2) Реактивная Cистема Залпового Огня.
(3) 9K51M.
(4) 9K515.
(5) разведивательнфая‑огновая система. Son origine remonte aux leçons tirées de la guerre d’Afghanistan.
(6) 376 Grad, 22 Tornado‑G, 101 Ouragan et 7 Smerch (https://www.oryxspioenkop.com/2022/02/attack‑on‑europe‑documenting‑equipment.html).
(7) Ураган.
(8) Ils ne sont plus produits depuis 1991.
(9) Инженерная Система Дистанционного Минирования.
(10) Земледелие.
(11) Смерч.
Légende de la photo en première page : Un lanceur Smerch. Le programme de modernisation russe voit le maintien du calibre 300 mm. (© vaalaa/Shutterstock)













