Comment la Corée du Sud se positionne-t-elle dans le paysage international actuel, caractérisé par des relations de force débridées, le déclin du droit international et des guerres commerciales incessantes ? Quelle est sa position officielle ?
L. Kim : La Corée du Sud observe le paysage international actuel avec une vive inquiétude, alors que l’ordre mondial de l’après-guerre semble s’effriter. La multiplication des conflits et l’évolution des normes commerciales posent de sérieux défis. En tant que puissance moyenne, la position et les actions sud-coréennes sont étroitement liées à ce système international établi, ce qui rend son érosion particulièrement préoccupante. Cette appréhension est exacerbée par la menace existentielle que représente la Corée du Nord, faisant de la normalisation de la guerre une évolution alarmante pour Séoul. De plus, les relations commerciales de longue date entre la Corée du Sud et les États-Unis ont été perturbées par l’administration américaine actuelle, qui a fait fi de l’accord de libre-échange entre les États-Unis et la Corée du Sud (The Korea-United States Free Trade Agreement — KORUS FTA). En conséquence, Séoul est contrainte de naviguer dans un environnement complexe, obligée de renégocier et de reconstruire ses relations commerciales avec Washington.
Comment le contexte international depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, en janvier 2025, a-t-il affecté la stratégie sud-coréenne, dont l’économie a toujours été profondément intégrée à la mondialisation ?
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, la stratégie économique sud-coréenne est confrontée à des défis de taille. L’économie du pays est fortement dépendante des exportations, ce qui rend indispensables des relations commerciales stables. Cependant, sous l’administration Trump, les relations commerciales de la Corée avec son deuxième partenaire commercial, après la Chine, sont devenues très instables. Les États-Unis ont notamment accusé la Corée du Sud d’imposer des droits de douane injustes sur les produits américains, une accusation que le gouvernement sud-coréen a fermement niée.
En 2007, la Corée du Sud et les États-Unis ont conclu l’accord de libre-échange KORUS. Mais en 2018, au cours de son premier mandat (2017-2021), le président américain a renégocié cet accord. Il a, de fait, modifié certaines clauses clés et imposé des droits de douane réciproques pouvant atteindre 25 % sur les produits sud-coréens, ainsi que des droits de douane sectoriels de 25 % sur des secteurs industriels tels que l’automobile et les semi-conducteurs — des mesures qui ont considérablement affecté l’économie du pays. Bien qu’une réduction des droits de douane à 15 % ait ensuite été convenue en échange de l’engagement sud-coréen à investir 350 milliards de dollars aux États-Unis, l’incertitude demeure en raison des menaces persistantes d’une hausse de ces droits de douane. Pour aggraver encore ces difficultés, la Corée du Sud a déjà subi de sévères représailles économiques de la part de la Chine après avoir accueilli le système américain de défense antimissile, ce qui illustre le difficile exercice d’équilibre que Séoul doit accomplir entre ses deux principaux partenaires commerciaux.
Comment la crise énergétique liée à la guerre en Iran (depuis le 28 février 2026) — qui touche particulièrement les pays asiatiques dépendants des ressources en hydrocarbures — affecte-t-elle la Corée du Sud ? Cette situation incite-t-elle les autorités à reconsidérer leur approche de la souveraineté énergétique ? Dans quelle mesure l’énergie nucléaire est-elle considérée comme une solution viable ?
Le paysage énergétique sud-coréen est profondément influencé par son manque de ressources naturelles, ce qui la rend fortement dépendante des importations de pétrole en provenance du Moyen-Orient. Les récents événements en Iran ont eu un impact significatif sur son économie en faisant grimper les prix mondiaux du pétrole. Cela a entrainé des changements de comportement chez les Sud-Coréens, ainsi qu’un effort conscient pour réduire la consommation de pétrole et d’essence. À long terme, cette crise souligne l’importance cruciale de la sécurité énergétique, l’énergie nucléaire devant jouer un rôle important dans la stratégie du pays.
Aujourd’hui, la Corée du Sud exploite 26 réacteurs nucléaires, qui fournissent environ 30 % de son électricité, et la question de savoir s’il faut continuer à développer la capacité nucléaire a récemment fait l’objet d’un débat. Le président Lee Jae-myung (depuis juin 2025) avait initialement émis des réserves quant à la construction de deux centrales nucléaires supplémentaires, mais il a finalement accepté, invoquant la hausse de la demande énergétique. La crise actuelle devrait renforcer la nécessité d’augmenter la capacité nucléaire.
La Corée du Sud développe également activement de petits réacteurs modulaires, qui représentent la prochaine génération de technologie nucléaire. Alors que certains segments de la société sud-coréenne, y compris certains libéraux, ont exprimé leur opposition à l’énergie nucléaire, la crise actuelle pourrait influencer les attitudes du public et des responsables politiques, conduisant potentiellement à une acceptation plus large de l’énergie nucléaire en tant que composante vitale de la souveraineté et de la sécurité énergétiques du pays.














