Parallèlement, comment les récentes interventions militaires américaines au Vénézuéla (début janvier 2026) et en Iran sont-elles perçues en Corée du Nord ? Cela incite-t-il Pyongyang à accélérer son programme nucléaire afin de « sacraliser » sa sécurité nationale ?
Les opérations de précision menées par l’armée américaine au Vénézuéla et en Iran, en particulier les frappes dites « de décapitation » visant les dirigeants, représentent précisément le type de menace que Pyongyang redoute le plus. Ces opérations ont mis en évidence les impressionnantes capacités des États-Unis en matière de renseignement, de surveillance, de reconnaissance et de frappes de précision, démontrant une capacité inquiétante à localiser et à neutraliser des personnalités clés. Cela suscite sans aucun doute des inquiétudes en Corée du Nord quant à d’éventuelles actions similaires contre ses dirigeants.
Ces développements n’ont pas rendu la dénucléarisation de la Corée du Nord plus difficile, car ses chances étaient déjà extrêmement faibles. Pyongyang avait déjà inscrit dans la loi le droit de posséder et d’utiliser des armes nucléaires à titre préventif par le biais d’une législation promulguée en 2022, sanctuarisant de fait son arsenal nucléaire et rendant la dénucléarisation impossible.
Ces développements ont plutôt modifié les perspectives d’un accord de contrôle des armements avec les États-Unis. Auparavant, un tel accord était considéré comme une possibilité : il aurait limité la capacité de la Corée du Nord à lancer des attaques nucléaires contre les États-Unis, en éliminant par exemple les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), tout en lui permettant de conserver des capacités nucléaires à usage régional. Cependant, aujourd’hui, par crainte que Washington ne cherche à provoquer un changement de régime, la Corée du Nord est davantage déterminée à maintenir sa force de dissuasion nucléaire contre les États-Unis, rendant un accord de contrôle des armements hautement improbable.
Ces développements sont également profondément inquiétants pour la Corée du Sud. La perspective d’une action militaire américaine contre la Corée du Nord fait craindre des représailles contre les bases militaires américaines situées sur la péninsule et contre des cibles sud-coréennes. Compte tenu de la proximité de Séoul avec la frontière nord-coréenne et de la taille relativement modeste de la ville, les ravages potentiels seraient immenses. Par conséquent, les autorités observent ces événements avec une grande appréhension, conscientes que tout conflit impliquant la Corée du Nord pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour leur pays.
En décembre dernier, la Corée du Nord diffusait les premières images de son premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE). Quelle est la stratégie de Séoul face à l’accélération du programme nucléaire nord-coréen ?
La Corée du Sud est confrontée à un dilemme stratégique complexe. Le soutien de l’opinion publique à l’armement nucléaire sud-coréen est resté constamment élevé, autour de 70 %, et a atteint environ 76 % depuis le début du second mandat de Donald Trump. Cependant, malgré ce fort sentiment de l’opinion publique, il est peu probable que la Corée du Sud se lance dans le développement pur et simple d’armes nucléaires. Elle se concentre plutôt sur l’acquisition d’une « latence nucléaire » : la capacité de produire rapidement des armes nucléaires si nécessaire, sans en posséder réellement. Cette stratégie implique le développement de technologies d’enrichissement et de retraitement afin d’accumuler un stock important de matières fissiles, permettant au pays de fabriquer des armes nucléaires en quelques mois si la situation l’exige.
La Corée du Sud aspire à atteindre une position similaire à celle du Japon, dont on estime généralement qu’il a la capacité de construire des armes nucléaires en quelques mois, voire en quelques semaines. L’armement nucléaire direct reste toutefois une voie couteuse et risquée, non seulement en raison des sanctions internationales inévitables, mais aussi des incertitudes quant à la fiabilité durable des garanties de sécurité américaines face aux menaces nord-coréennes. La poursuite d’un armement nucléaire pur et simple pourrait paradoxalement compromettre la sécurité sud-coréenne plutôt que la renforcer.













