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La Chine en Arctique : quelle progression ?

Pékin s’efforce également de pousser ses intérêts stratégiques : dans le domaine des transports, la Chine s’est montrée très intéressée par le chemin de fer Belkomur, projet lancé en 2007 et qui propose de relier l’Oural russe aux ports d’Indiga et d’Arkhangelsk, et donc de relier la Route maritime du Nord à l’intérieur du territoire russe. En 2016, le groupe public China Poly Group a signé un protocole d’accord avec l’administration de la région d’Arkhangelsk concernant la construction d’un port en eau profonde à Arkhangelsk, prélude à la mise en œuvre du corridor. La Chine devait investir 78 millions de dollars dans le projet et relier le port à la ligne ferroviaire Belkomur proposée. L’entente est demeurée lettre morte. Les fonds nécessaires au développement du corridor de Belkomur ont fait défaut et il a été reporté sine die.

En septembre 2024, la Chine a participé pour la première fois à des patrouilles navales dans l’océan Arctique. Ces patrouilles conjointes de navires de garde côtière font suite à un protocole d’accord sur la coopération en matière d’application du droit maritime que les gardes-côtes chinois et le service des gardes-frontières du FSB ont signé en avril 2023 (2). Ce protocole, signé à Mourmansk, prévoit une coopération dans les eaux arctiques pour lutter contre le terrorisme, l’immigration clandestine, la contrebande de drogues et d’armes, ainsi que la pêche illégale. On constate ainsi, de la part de la Chine, un désir de manifester une présence militaire, après le développement de sa participation au transport maritime le long de la Route maritime du Nord. 

Par ailleurs, le gouvernement chinois aurait récemment exprimé le désir de voir la Chine davantage impliquée dans la gestion de la navigation le long de la RMN, par exemple en utilisant des brise-glace chinois pour escorter des convois, mais Moscou a fermement refusé l’offre de Pékin. Il est révélateur que la Route maritime du Nord soit considérée par le Kremlin comme une voie de transport nationale. Alors que la Chine se réjouit de l’internationalisation des corridors de transport de l’Arctique, la Russie s’efforce d’attirer un accroissement du trafic, mais s’oppose à toute idée de gestion concertée avec la Chine.

La Chine a ainsi testé plusieurs avenues de coopération économique avec divers pays arctiques ; mais ses projets ont parfois suscité la méfiance et n’ont pas abouti. C’est avec la Russie que la coopération économique, voire stratégique se porte le mieux. Fort active dans la valorisation du gaz sibérien, Pékin n’entend pas financer tous les projets russes, de même que Moscou n’entend pas accéder à toutes ses demandes.

Notes

(1) O. Alexeeva, F. Lasserre, G. Alberola et L. Brodt, « La coopération Chine-Russie en Arctique : les principaux enjeux et perspectives du développement de la route de la soie polaire », Regards géopolitiques 10(3), 2024, p. 27-46 (https://​tinyurl​.com/​m​r​2​d​e​3pw).

(2) High North News, 4 octobre 2024 (https://​tinyurl​.com/​y​c​y​d​3​pft).

Légende de la photo en première page : Le submersible chinois habité Jiaolong s’apprête à quitter le navire Shenhai Yihao, dans l’océan Arctique, le 6 aout 2025. En parallèle, le brise-glace de recherche chinois Xuelong 2, ou « Snow Dragon 2 », arrivait à Shanghaï, marquant l’achèvement d’une vaste expédition scientifique chinoise en Arctique, notamment sur le plateau de la mer des Tchouktches. (© Xinhua/Liu Shiping)

Article paru dans la revue Diplomatie n°138, « Réarmer l’Europe : quels enjeux ? », Mars-Avril 2026.
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