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Ô Canada ! Relations sous haute tension avec Washington

Washington a ainsi politisé l’accès au marché américain, conditionnant la levée des tarifs à des concessions canadiennes, telles que le renforcement de la surveillance frontalière et la lutte contre le trafic de fentanyl. Ce qui relevait auparavant du dialogue et de la coopération bilatérale devient désormais imposition sous menace économique : la négociation laisse place au chantage.

Et ce n’est pas tout. Les menaces d’asphyxie économique visant à transformer le Canada en 51e État, la volonté affichée de redessiner unilatéralement la frontière canado-américaine, ou encore l’obsession du président pour le Groenland, représentent des défis sans précédent pour la souveraineté et la stabilité du Canada (1). À tel point que les Forces armées canadiennes ont jugé nécessaire de modéliser un scénario d’invasion militaire par les États-Unis, une première en plus d’un siècle (2).

Parallèlement, le Financial Times révélait que des dirigeants sécessionnistes albertains du Alberta Prosperity Project avaient rencontré à quelques reprises des responsables du département d’État américain à Washington pour discuter des suites d’un éventuel référendum gagnant sur l’indépendance de l’Alberta, et pour obtenir une ligne de crédit destinée à financer la province en cas de sécession (3). Soyons clair : aucun référendum sur l’indépendance n’est prévu en Alberta et le soutien à cette cause reste très minoritaire. Mais le simple fait qu’un groupuscule sécessionniste ait pu entretenir autant de contact avec l’administration Trump illustre une fois de plus le mépris de cette administration pour la souveraineté canadienne.

Le « de-risking » de Mark Carney

Le Premier ministre canadien Mark Carney [depuis mars 2025] dirige le pays dans un contexte inédit, sous haute tension avec les États-Unis. Cette situation oblige Ottawa à rompre avec un réflexe profondément ancré depuis 1945 : s’aligner quasi automatiquement sur Washington. 

La priorité est désormais la réduction de la vulnérabilité structurelle du Canada face aux États-Unis. La stratégie adoptée, le de-risking (ou réduction des risques), vise à diminuer par tous les moyens possibles la vulnérabilité structurelle du Canada envers les États-Unis. L’objectif n’est pas de réaliser un découplage avec les États-Unis — une option irréaliste pour une puissance moyenne intégrée à l’économie nord-américaine —, mais l’élargissement des options stratégiques du pays.

Dans les faits, Ottawa multiplie les partenariats économiques, technologiques et militaires afin de diminuer le cout politique et économique des pressions américaines. Sur le plan économique, l’ambition est claire : doubler les exportations canadiennes vers les marchés hors États-Unis au cours de la prochaine décennie. L’enjeu est considérable, car pour le moment, plus de 70 % des exportations canadiennes sont destinées au marché américain, une dépendance qui constitue désormais un risque stratégique autant qu’économique.

Cette diversification passe également par une relance active de la diplomatie économique. Lorsque Mark Carney est devenu Premier ministre, les relations avec plusieurs puissances majeures, notamment la Chine et l’Inde, étaient largement paralysées par des tensions diplomatiques liées notamment aux accusations d’ingérence étrangère. Malgré ces différends, Ottawa a entrepris une réinitialisation des relations avec Pékin et New Delhi, afin de rouvrir des canaux de dialogue et d’explorer de nouvelles opportunités économiques. Si les résultats demeurent modestes pour l’instant, l’approche est résolument orientée vers le moyen et le long terme.

L’activisme diplomatique de Carney — 17 déplacements officiels dans 25 pays durant la première année de son mandat — n’est pas un choix politique, c’est une nécessité stratégique.

Le de-risking s’avère toutefois beaucoup plus complexe dans le domaine de la défense. Réduire la dépendance stratégique envers les États-Unis implique de développer une capacité d’action autonome, de diversifier les approvisionnements militaires tout en restant intégré au dispositif de défense nord-américain. C’est un véritable casse-tête. 

Pour ce faire, Ottawa a lancé une stratégie industrielle de défense visant à renforcer la souveraineté capacitaire du Canada, à accroitre l’approvisionnement domestique et à soutenir une base industrielle nationale. Alors qu’environ 75 % des contrats militaires canadiens profitent actuellement à des entreprises américaines, Ottawa souhaite inverser cette proportion afin que 70 % des contrats soient attribués à des entreprises canadiennes d’ici dix ans.

L’effort financier est tout aussi ambitieux : le Canada vise 5 % du PIB consacré à la défense d’ici 2035, soit près de 500 milliards de dollars canadiens sur une décennie. Le Canada est également devenu le premier pays non européen à adhérer au programme européen d’approvisionnement en défense « Agir pour la sécurité de l’Europe » (SAFE), permettant aux entreprises canadiennes de participer à des projets industriels communs avec leurs partenaires européens.

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