La présence russe dans l’océan Indien n’est pas nouvelle. Toutefois, dans la zone sud de l’océan Indien (ZSOI), elle se développe en intensité, périmètre et profondeur. Dans ce cadre, Madagascar constitue la tête de pont d’une dynamique réticulaire australe, notamment insulaire.
Un nouveau partenariat économique Russie-Madagascar
La Russie avait déjà été partie prenante, pour une courte durée, du secteur extractif malgache, entre 2021 et 2023. Mais les événements du 14 octobre 2025, qui ont porté au pouvoir un gouvernement de transition — devenu gouvernement de la « Refondation » et dirigé par le colonel Michaël Randrianirina — ont structuré de nouvelles relations, selon une chronologie au rythme soutenu.
Dès le 9 décembre 2025, le ministre malgache de l’Énergie et des Hydrocarbures, Ny-Ando Ralitera, se rend en Russie. Le 24 janvier 2026, c’est Mickael Doroeev, directeur de la banque publique russe PSB — sous sanctions internationales en raison de ses liens avec le ministère russe de la Défense —, qui se rend à Madagascar. Par ailleurs, la banque apparait dans l’articulation de la flotte fantôme russe. Faut-il y voir l’illustration d’un accord ? Le 1er juin 2026, venant de Mourmansk, le pétrolier Tagor, qui avait battu pavillon malgache, est arraisonné par les forces françaises. Il fait partie de la flotte fantôme russe. Ensuite, la première visite à l’étranger du nouveau président malgache s’effectue également à Moscou : le 19 février 2026, Michaël Randrianirina s’y rend à la tête d’une délégation ministérielle. Lors de cette rencontre, Vladimir Poutine appelle à une collaboration au sein des organisations internationales. Les secteurs humanitaire, agricole, minier, énergétique, ainsi que ceux de la médecine, de la géologie et de la santé publique sont évoqués. Le 27 mars 2026, une Chambre de commerce russo-malgache est créée pour faciliter et développer les échanges commerciaux entre les deux pays, nonobstant les sanctions internationales pesant sur la Russie. Fin mai 2026, une délégation conduite par le Premier ministre malgache, Herintsalama Rajaonarivelo, rencontre les responsables de zones économiques spéciales (ZES) russes afin de s’en inspirer et d’échanger sur les mécanismes d’attraction des investissements. Le lancement d’une zone économique commune ainsi qu’un projet d’extension des infrastructures de stockage d’hydrocarbures sont annoncés.
Soulignons enfin l’existence du programme « Alabuga Start », lancé à Madagascar en 2024. Mis en place dans différents États du continent africain, il offre hébergement, salaire et soutien à des jeunes femmes dans le cadre d’une mobilité de formation au sein de la ZES d’Alabuga, dans le Tatarstan russe. Des médias et des ONG ont toutefois documenté que les bénéficiaires étaient finalement réorientées vers des activités au profit de la base industrielle et technologique de défense (BITD) russe (1). À Madagascar, ce dispositif est accompagné par l’association des Amis de la Russie à Madagascar (ARM).
La pénétration russe du milieu social malgache
Depuis la mise en place du gouvernement de transition, l’action de pénétration de la Russie dans la société civile malgache monte en intensité, et ce dans de nombreux secteurs. Tout d’abord, elle exerce une influence culturelle et académique : en novembre 2025, une délégation malgache a rencontré Yevgeny Primakov Jr., directeur de l’Agence fédérale pour la Communauté des États indépendants, les compatriotes résidant à l’étranger et la coopération humanitaire internationale (Rossotroudnitchestvo), qui travaille à l’ouverture de « maisons russes » en faveur d’une diplomatie populaire, portée par un soft power culturel et académique. L’ouverture d’une « maison russe » partenaire à Madagascar a été annoncée à cette occasion.














