Magazine Diplomatie

La stratégie indo-pacifique de l’Union européenne au risque de la compétition Chine/États-Unis

Le constat d’une interdépendance qui implique la recherche de synergies entre acteurs régionaux

L’organisation interne du document souligne qu’au final, les pays européens sont confrontés aux mêmes défis de gouvernance que leurs partenaires indo-pacifiques, qu’il s’agisse de l’impact du changement climatique, de la maitrise des nouvelles technologies ou de l’indépendance de leur chaine d’approvisionnement, notamment en médicaments. La nature transnationale de ces défis, en justifiant leur place dans la réflexion indo-pacifique de l’UE, marque aussi le désir de ses membres d’accepter de plus grandes responsabilités tout en partageant le fardeau avec des partenaires actifs et sensibles aux mêmes valeurs comme l’Inde, l’Australie ou le Japon. On y lira ainsi la reconnaissance implicite qu’en dépit de l’éloignement géographique, le sort de l’Indo-Pacifique et celui de l’Europe sont liés.

L’ASEAN constitue le réceptacle et le soutien de cette coopération multiforme que l’UE souhaite développer dans cet espace disparate que constitue l’Indo-Pacifique,où elle n’est pas la seule organisation régionale. Un jeu de miroir subtil s’est construit au fil des ans entre les deux acteurs régionaux et la faiblesse supposée de leur multilatéralisme, tant face à la Chine qu’aux États-Unis, chacun étant accusé de n’être que des puissances économiques incapables de penser et d’assumer leur sécurité. Cette sororité stratégique qui renvoie à la notion de « centralité aséanienne » au cœur des discours indo-pacifiques des uns et des autres — États-Unis, Inde, Japon, France et Australie —, est le fil conducteur d’une approche inclusive reflétant un rare niveau de connivence entre deux institutions aux ambitions convergentes. La signature du partenariat stratégique UE-ASEAN en 2020, couronnant plus de quarante ans d’échanges et d’avancées politico-économiques, signale cette volonté de s’appuyer l’une sur l’autre. Pour autant, cette centralité de l’ASEAN n’a pas empêché le développement de relations bilatérales de l’UE et de ses États membres avec d’autres pays d’Asie du Sud-Est comme l’Indonésie, Singapour, le Vietnam et les Philippines.

D’autres formats multilatéraux traitant de coopération régionale ont aussi la faveur de l’UE et de ses membres comme le Dialogue Europe-Asie (ASEM), la Commission de l’océan Indien (COI) ou bien l’Association des États riverains de l’océan Indien, connue sous son acronyme anglais IORA, l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale (SAARC), sans oublier le Forum des îles du Pacifique (FIP). Pour autant, ils ne disposent pas du même degré d’intégration régionale que l’ASEAN, ni de sa capacité à élaborer une architecture de sécurité régionale aussi inclusive et valorisée que son Forum régional (ARF). Créé en 1994, l’ARF compte désormais 27 membres et a octroyé àl’UE le statut de membre de dialogue, tout comme aux États-Unis.

Une marge d’action stratégique contrainte par une relation de plus en plus complexe avec les États-Unis

Le télescopage entre l’annonce, le 15 septembre, de la constitution de l’AUKUS, et le lancement, le lendemain, de la stratégie de coopération pour l’Indo-Pacifique de l’UE, a renvoyé l’image d’une divergence préoccupante entre les pays occidentaux se réclamant de l’Indo-Pacifique.

La décision américaine de fournir des sous-marins à propulsion nucléaire à l’Australie, par la nullification de l’accord passé par Canberra avec la France pour la construction d’unités à propulsion classique, a relancé un débat acrimonieux sur l’état de la relation transatlantique et la notion d’alliance. La mise à l’écart de la France, puissance résidente de l’Indo-Pacifique où elle possède des moyens militaires significatifs, a choqué l’UE qui, après le retrait américain brutal d’Afghanistan, y a vu un nouvel exemple de l’absence de fiabilité de son grand allié. De plus, le refroidissement marqué des relations franco-australiennes, alors qu’un partenariat multidimensionnel s’était développé entre les deux puissances océaniennes, qu’une communauté d’analyse politico-militaires et une coopération industrielle majeure avaient rapprochées, contrarie les ambitions européennes d’étendre son action jusqu’au Pacifique Sud. Dans ce contexte, le communiqué (6) marquant la rencontre du 14 octobre 2021 entre le secrétaire d’État américain Antony Blinken et Josep Borrell et évoquant le lancement de consultations conjointes sur l’Indo-Pacifique avant la fin de l’année n’a qu’un effet cosmétique. Il devrait a minima permettre à l’administration américaine de présenter la dernière version de sa stratégie indo-pacifique en cours, dont une nouvelle version devrait bientôt paraitre.

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