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La crise ukrainienne met-elle l’Union européenne et ses membres au pied du mur ?

Si la guerre qui se déroule en Ukraine a et aura de multiples conséquences à court, moyen et long terme sur les relations stratégiques et économiques internationales — et pas seulement pour l’Union européenne et ses États membres —, ce conflit a aussi servi de révélateur à tout ce qui ne fonctionnait pas ou plus entre la France et l’Allemagne, contrairement à l’idée reçue selon laquelle la guerre en Ukraine contribuerait à renforcer les liens entre États européens et à faire avancer l’Europe vers plus d’intégration et de cohésion.

Le 24 février 2022, la Russie a lancé une offensive militaire à l’encontre de l’Ukraine. Cette attaque est survenue trois jours après la reconnaissance de l’indépendance des territoires séparatistes pro-russes du Donbass par Vladimir Poutine. Cette invasion a été unanimement condamnée par les États membres et les institutions de l’Union européenne qui ont pris de multiples sanctions contre la Russie. Elle s’inscrit dans la continuité de l’annexion de la Crimée en mars 2014 et de la création de deux républiques séparatistes, les provinces de Donetsk et de Lougansk, qui forment la région industrielle du Donbass. Ces deux territoires se sont autoproclamés « républiques populaires indépendantes », respectivement le 7 et le 27 avril 2014 et sont de facto des protectorats russes. Les axes d’opération développés par l’armée russe depuis fin mars 2022 visent clairement à relier ces différents territoires, expliquant l’acharnement spécifique sur la ville de Marioupol qui est au milieu de ces régions contrôlées par la Russie depuis 2014.

Cette guerre est peut-être le terrain d’apprentissage d’un futur conflit de plus grande envergure, un peu comme la guerre d’Espagne le fut pour la Seconde Guerre mondiale en matière de tactiques et de doctrine d’emploi des équipements militaires. Cette crise a aussi fait prendre conscience à de nombreux pays européens, et en particulier à l’Allemagne, des limites d’une politique internationale basée sur la cordialité et le pacifisme. Ce dernier pays a d’ailleurs annoncé créer un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour moderniser son armée.

Il est probable que l’Union européenne ne sorte pas particulièrement renforcée de cette crise, ce qui n’est pas un phénomène nouveau au vu du bilan des crises passées de ces vingt dernières années. La guerre a ramené les pays européens aux principes de base du réalisme dans les relations internationales, en signant le grand retour des théories géopolitiques sur le Rimland et le Heartland (2), un monde où l’Europe n’est qu’une marche de la grande puissance atlantique que restent les États-Unis, face à deux adversaires résolus, la Russie et surtout la Chine.

UE : repenser sa vision de la sécurité

Au premier rang des préoccupations majeures de cette crise pour les États européens figure l’énergie. Pour de nombreux États européens, la menace de perdre l’accès à l’énergie russe est majeure car l’Union européenne importe 40 % de son gaz naturel de Russie, en plus de sa dépendance relative au pétrole, aux bois et aux métaux russes. De nombreux États européens ont des liens commerciaux et d’investissement très importants avec les marchés russes, au premier rang desquels figure l’Allemagne, qui a porté des projets structurants, comme le gazoduc sous-marin Nord Stream, qui amène le gaz de Carélie russe jusqu’aux côtes de l’Allemagne orientale.

Cette question énergétique, thème majeur de discordes entre Européens, est revenue au cœur de tous les débats politiques et économiques avec les multiples tergiversations autour des approvisionnements en gaz et en pétrole russes des pays européens. Comme pour les questions de défense et d’armement, l’Allemagne porte une très lourde part de responsabilité dans le marasme intellectuel européen sur ces questions. Le retrait unilatéral allemand du nucléaire civil en 2011, alors qu’il existait un partenariat de longue date avec la France — sans aucune concertation avec ses partenaires — et ces renoncements multiples face aux intérêts gaziers et pétroliers russes, pour prix de l’abandon du nucléaire civil, ne sont pas sans avoir influencé l’orientation prise par la crise ukrainienne (3). L’opinion publique et la classe politique allemandes commencent d’ailleurs à demander des comptes, même timidement, sur le vrai bilan d’Angela Merkel en matière de relations avec la Russie et d’affaiblissement des intérêts européens.
La publication, le 25 avril 2022, du rapport sur les liens entre métaux stratégiques, métaux critiques et transition énergétique d’Eurométaux (4) — l’association européenne des producteurs de métaux — est aussi venue rappeler que l’Union européenne avait besoin, pour ses technologies liées à la transition énergétique comme pour toutes ses autres industries, de matières premières exploitables à un coût économiquement raisonnable. Mais, ces ressources n’existent pas aujourd’hui sur les territoires de ses États membres, ou, du moins, ne sont pas connues ou pas exploitables au vu de la faiblesse de l’industrie minière de ce continent. La Grèce, la Finlande, la Suède et l’Espagne maintiennent des productions de métaux utiles aux industries européennes, mais la palette exploitée n’est ni suffisamment large ni suffisante pour faire face aux besoins européens. Il faut donc se tourner vers le monde extérieur et il n’existe en réalité qu’une quinzaine de pays à travers le monde qui disposent de ressources minières permettant de couvrir les besoins en métaux contemporains, au premier rang desquels se trouve la Russie, à supposer toutefois que la demande mondiale ne s’emballe pas.

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