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La nouvelle bataille de l’Atlantique nord

La Finlande et la Suède ont soumis, mercredi 18 mai 2022, leurs demandes d’adhésion à l’OTAN. « C’est un moment historique, à un moment critique pour notre sécurité », a déclaré le Secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Leur adhésion représente de facto un bouleversement de profonde ampleur pour l’Europe du Nord et ses rivages atlantiques.

La Suède n’a pas participé à un conflit armé depuis 1814 et a bénéficié d’une position de neutralité comparable à celle de la Suisse. La Finlande, vaincue en 1944 et tenue par le traité de Paris du 10 février 1947 (1), se retrouvait dans l’obligation d’adopter une politique de neutralité faite de compromis politiques et diplomatiques avec l’URSS qui ont fait naître la notion de « finlandisation » (2). Avec la guerre en Ukraine et l’échec relatif de l’invasion russe, à la date où s’écrit cet article, ce sont les équilibres géopolitiques du Nord de l’Europe, pour certains vieux de plus de deux siècles, qui volent en éclat et qui obligent à repenser les équilibres géostratégiques futurs en Atlantique nord en général et en mer Baltique en particulier.
À rebours de ses objectifs de guerre supposés, la Russie de Vladimir Poutine doit aujourd’hui faire face à un élargissement majeur de l’OTAN qui ne fait qu’aggraver son enclavement relatif en mer Baltique, même si le renforcement récent de son outil militaire dans l’ancienne Prusse orientale tend à lui donner l’illusion de préserver en sa faveur les équilibres stratégiques régionaux (3). Nul ne peut à ce jour prévoir la réaction des autorités russes qui s’en tiennent à des propos naviguant entre résignation et menaces voilées. Vladimir Poutine a même estimé lundi 16 mai 2022 que ces deux adhésions ne constituaient pas « une menace » en soi, mais que la Russie réagirait à des déploiements militaires, sans bien évidemment préciser la nature et l’ampleur de ses éventuelles réactions.

Sans présager des évolutions de la guerre en Ukraine et d’une possible défaite russe sur le terrain, l’adhésion de la Finlande et de la Suède fait un perdant certain, la Russie, et fait au moins deux gagnants : l’OTAN d’une part ; les États-Unis d’autre part. Ces derniers confirment leur prééminence stratégique sur la région et valident leur vision des équilibres stratégiques autour de la Baltique, de l’Atlantique nord et de l’océan glacial Arctique (4). Les États-Unis ont fait de cet espace géostratégique une priorité de leur politique de sécurité pour les années 2020/2030, montrant par exemple en mai 2020, lors de leur premier entraînement et déploiement majeur mené par l’US Navy en mer de Barents depuis le milieu des années 1980, qu’ils souhaitaient s’opposer à leurs rivaux potentiels dans la région, Chine ou Russie, y compris par l’usage de moyens militaires très conséquents.

La domination militaire et navale globale du camp otanien

Le déploiement des forces navales russes dans les régions maritimes du Nord de l’Europe ces dernières années avait montré à quel point sa puissance navale devait être relativisée. La vétusté et le nombre limité de bâtiments véritablement opérationnels ne permettaient pas de conclure à l’existence d’une menace majeure, grave et immédiate de la Russie (5) sur la sécurité des États membres de l’Alliance atlantique et leurs voies d’approvisionnement commercial, malgré une volonté russe de revenir dans ce jeu de puissance par l’intermédiaire de nouveaux programmes de sous-marins.

Le lancement le 7 mai 2021 du sous-marin nucléaire Kazan (6), inaugurant la nouvelle classe de SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) Yasen-M de la marine russe (projet 885M) (7), intégré à la flotte arctique basée à Severomorsk, n’a évidemment pas eu pour conséquence d’entraîner le moindre basculement des grands équilibres stratégiques en faveur de la Russie, malgré de savants fantasmes entretenus à la fois par la Russie et par des médias occidentaux heureux de présenter une nouvelle fois la Russie comme la pointe de diamant des armements les plus modernes. De fait, la présentation des armements russes embarqués sur le Kazan, avec le Zircon 3M22, un missile hypersonique supposé évoluer jusqu’à sa cible entre Mach 6 et 8, actuellement testé et réputé dangereux du fait qu’il pourrait réorienter sa trajectoire et se rendre pratiquement impossible à intercepter, les missiles de croisière Oniks (SS-N-26 Strobile) et Kalibr (SS-N-27 Sizzler), pourrait laisser accroire que la Russie dispose d’atouts maîtres dans son jeu géopolitique avec l’OTAN.

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