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Balkans : vingt ans après la guerre de Yougoslavie, où en est la poudrière de l’Europe ?

Le processus d’adhésion est un processus de longue haleine certes, mais son horizon n’a eu de cesse d’être repoussé. Auparavant, pour les pays d’Europe centrale et orientale, il avait fallu attendre treize ans entre l’obtention du statut de candidat et l’adhésion. Si l’on compare cette situation au cas de la Macédoine du Nord, cette dernière a reçu son statut de candidat il y a déjà dix-sept ans maintenant, mais il n’y a toujours pas d’adhésion en vue.

Par ailleurs, si nous prenons les critères de Copenhague (1), qui déterminent les conditions devant être remplies pour les pays aspirant à intégrer l’UE, on se rend compte qu’il n’y a pas de réelle convergence avec les pays de la région. La Macédoine du Nord a certes réalisé de grands progrès, mais son rattrapage économique est encore très loin de la situation des pays de l’UE. Du point de vue de l’acquis communautaire (2), il faudrait encore quelques décennies avant d’adopter l’ensemble de l’acquis. Et ce processus ne peut pas être accéléré car cela nécessiterait de faire moins de consultations, d’impliquer moins la société civile, ce qui occasionnerait une transformation finale plus superficielle. Enfin, concernant le troisième critère de Copenhague, qui est politique, il n’y a là encore aucune convergence — à l’exception notable de la Macédoine du Nord et du Kosovo d’une certaine façon — car nous assistons plutôt à un glissement autoritaire dans la plupart des pays de la région, ou à une convergence avec la Hongrie. Le processus d’adhésion est donc très long, du fait de l’absence de convergence effective, et il est ainsi très difficile aujourd’hui de dire de combien de temps auront besoin ces pays pour répondre aux critères de Copenhague.

En ce qui concerne le processus d’élargissement, il est lui aussi devenu problématique car extrêmement imprévisible. En effet, suite à la fatigue de l’élargissement — notamment dans certains pays comme la France, les Pays-Bas ou le Danemark — certains États sont aujourd’hui assez réticents à accélérer le processus. Ils voient cela comme une menace de l’approfondissement futur de l’Union. Un certain nombre de mécanismes ont ainsi été mis en place pour freiner ce processus d’élargissement. C’est notamment le cas en France, où un référendum est désormais obligatoire pour toute adhésion d’un nouvel État membre. À cela s’ajoutent également des divergences entre États membres tandis que d’autres abusent de leurs prérogatives, notamment entre pays frontaliers, au bénéfice de leurs propres intérêts nationaux. Ces derniers vont alors bloquer des États candidats, comme ce fut le cas entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord ou entre la Croatie et la Bosnie-Herzégovine. Ces États cherchent donc à influencer le processus dans une mauvaise direction.

Au final, les perspectives d’adhésion à l’UE pour les pays de la région sont très lointaines. En conséquence, il n’y a pas lieu de se demander quand ces adhésions auront lieu, même si certaines initiatives récentes tendent à leur donner un nouvel élan. Cette incertitude liée aux perspectives d’adhésion constitue l’un des cœurs du problème.

Comment les États des Balkans gèrent-ils cette incertitude ?

Malheureusement, ils n’ont pas beaucoup de choix. Deux solutions s’offrent à eux. Il y a d’abord ceux qui ont la volonté réelle d’intégrer l’UE et de faire les réformes nécessaires, et qui ne peuvent donc que continuer à faire les efforts, malgré la fébrilité des perspectives. Et il y les autres, comme la Serbie, ou le Monténégro auparavant, qui n’ont pas réellement une volonté d’intégrer l’UE. Ils utilisent les éléments de langage que l’UE utilise dans le cadre de la politique d’adhésion, mais la concentration de pouvoir y est telle que les intérêts des gouvernements en place conduisent plutôt vers le maintien d’un statu quo. Nous assistons donc à une transformation de façade, qui envoie des signaux de fumée pour conforter l’UE et ainsi bénéficier de subventions, mais sans chercher réellement à démocratiser et à transformer le pays. De son côté, l’UE ferme un peu les yeux sur la situation et se contente d’entendre ce qu’elle souhaite entendre.

À propos de l'auteur

Florent Marciacq

Co-directeur de l’Observatoire des Balkans à la Fondation Jean-Jaurès (Paris), chercheur au Centre international de formation européenne (CIFE) et secrétaire général adjoint et chercheur associé au Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe.

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