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L’avenir de la Russie se joue-t-il en Asie ?

Faire la guerre en Europe et prospérer en Asie, est-ce désormais la perspective géopolitique cardinale de la Russie ? Engagée dans une invasion longue et coûteuse en Ukraine et frappée de sanctions historiques par les États européens, la Russie semble n’avoir d’autre choix que de parachever son « pivot vers l’Asie ». Est-ce là qu’elle trouvera les relais de croissance économiques, les alliances de revers stratégiques et les partenaires diplomatiques dont elle a besoin ? Si le passé de la Russie a partie liée avec l’Europe, son avenir se joue-t-il désormais en Asie ?

Les « eurasistes » triomphent-ils des occidentalistes et des slavophiles en Russie ?

Depuis trois siècles, la Russie est hantée par la question de son identité politique, culturelle et stratégique. Est-elle une puissance européenne appelée à s’engager avant tout avec les Européens, comme le soutiennent les occidentalistes à l’instar de Bielinski ? Est-elle une civilisation spécifique bien distincte, comme l’ont défendu les slavophiles à la suite de Herzen et Khomiakov pour justifier un désengagement russe des affaires du monde ? Ou bien a-t-elle une destinée eurasiatique comme le promeuvent actuellement Douguine et Starikov pour l’appeler à renforcer ses liens avec l’Asie ? C’est ce qu’affirme la dernière version de la stratégie nationale de sécurité du 2 juillet 2021. Mais ce projet est-il suivi d’effets ?

Sous des aspects théoriques et même métaphysiques, ce débat agite de façon très concrète les cercles dirigeants russes depuis deux décennies : faut-il privilégier le partenariat avec la Chine ou bien essayer d’améliorer les relations avec l’Union européenne (UE) ? Et le débat prend désormais un tour particulièrement vif car, depuis le 24 février 2022 et l’invasion de l’Ukraine, chaque jour coupe davantage la Russie de l’Europe. D’un côté, elle rompt avec l’UE en remettant en cause la souveraineté ukrainienne. De l’autre, elle s’éloigne des organisations internationales européennes avec lesquelles elle avait construit des relations tendues mais structurantes : le Conseil OTAN-Russie, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Tout se passe comme si, entre l’Europe et l’Asie, la Russie accélérait son choix d’orientation stratégique : coupant les ponts et brûlant ses vaisseaux à l’ouest, elle se contraint elle-même à accélérer sa mue vers l’est.

L’orientation de la Russie en Asie ne date ni de la guerre en Ukraine, ni de la révolution d’Euromaïdan. Elle est presque aussi ancienne que l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine, en 1999. Mais, du fait de l’hostilité avec l’Europe, elle revêt aujourd’hui le caractère d’une urgence stratégique. Si le rythme et les circonstances varient depuis quelques semaines, les enjeux structurels de la Russie en Asie demeurent identiques, pour l’essentiel : il s’agit de trouver en Asie les relais de croissance économique qui font défaut en Europe du fait des tentatives de l’Union de réduire sa dépendance énergétique à l’égard des fournisseurs russes d’hydrocarbures ; il s’agit également de diversifier ses réseaux d’alliance pour faire face aux sanctions occidentales et réduire les risques d’isolement sur la scène internationale ; moins défensivement, il s’agit enfin d’utiliser la position géostratégique originale de la Russie en Asie pour peser sur cette zone, la plus prometteuse en termes de développement et particulièrement tendue en termes militaires.

Schématiquement, la stratégie russe en Extrême-Orient et en Asie du Sud peut s’exprimer en termes temporels : au nom du passé, la Fédération de Russie capitalise sur l’héritage soviétique en relançant plusieurs partenariats anciens, avec l’Union indienne et avec le Vietnam notamment ; au présent elle s’inscrit résolument dans la nouvelle donne en Asie, notamment grâce à son partenariat avec la République populaire de Chine (RPC) et à son investissement dans l’Organisation de coopération de Shanghaï ; enfin, elle entend préparer l’avenir dans cette zone très vaste où les tensions entre la RPC et les États-Unis façonnent d’ores et déjà la géopolitique de l’avenir.

L’Extrême-Orient russe : une porte vers l’Asie ?

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