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Allemagne : perspectives et rétrospective d’un acteur géostratégique

Ce serait à Paris et Londres, étroitement liés sur les plans militaire et nucléaire, de penser et de conceptualiser une doctrine de dissuasion d’envergure européenne, capable de contrecarrer les gesticulations nucléaires du Kremlin et sa stratégie de sanctuarisation agressive. Paris et Londres pourraient coordonner leurs patrouilles de SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), afin de renforcer leur permanence en mer, gage d’invulnérabilité des moyens de la dissuasion. Le Royaume-Uni ne possédant plus de composante nucléaire aérienne, il reviendrait à la France de déployer des avions Rafale armés de missiles nucléaires, sur le territoire de pays volontaires, dans le cadre d’accords bilatéraux. Ces pays participeraient au « soutien logistique des opérations nucléaires » (ouverture de bases, silos, défense aérienne et ravitaillement en vol). 

À terme, il pourrait être envisagé une forme de « partage nucléaire », avec un système de double-clef : des armes nucléaires françaises sur des avions allemands, polonais, ou autres, la décision d’emploi demeurant nationale. Bref, il faudrait répliquer les mécanismes de l’OTAN, sans les États-Unis, ce qui impliquerait la constitution d’un groupe de planification nucléaire européen.

Conclusion

En guise de conclusion, la situation de l’Allemagne, engagée dans un changement d’époque, invite à prendre du champ à l’égard de deux diagnostics et anticipations contradictoires : le dénigrement systématique des efforts politico-militaires allemands, nécessairement vains ; la réémergence d’une Allemagne impériale vouée à dominer l’Europe. Au regard des temps longs de l’histoire et du contexte géopolitique de l’après-1989, il n’est guère surprenant que le redressement militaire ne se soit d’emblée imposé à l’esprit des dirigeants allemands. D’autre part, les mentalités post-modernes de bien des Allemands et l’effritement des bases de la puissance nationale, tant démographique qu’économique, contrebalancent l’appel à se doter de la première armée conventionnelle d’Europe. Pour l’Allemagne comme pour ses alliés du Vieux Continent, la menace réside dans les ambitions de la Russie, le défi consistant à maintenir l’effort militaire requis dans le format géopolitique adéquat.

Notes

(1) Voir la déclaration gouvernementale d’Olaf Scholz du 27 février 2022 (https://​tinyurl​.com/​y​7​b​7​v​34t).

(2) En 1806, le Saint-Empire laisse place à une « Confédération germanique » écartelée entre le royaume de Prusse et l’empire d’Autriche (1815-1866).

(3) Cf. Helmuth Plessner, Die verspätete Nation. Über die politische Verführbarkeit33 bürgerlichen Geistes (1935), Francfort/Main, Suhrkamp, 2001.

(4) Cf. Dieter Groh, « Le Sonderweg de l’histoire allemande : mythe ou réalité ? », Annales. Economies, sociétés, civilisations, 38e année, n° 5, 1983.

(5) Le Grossraum du juriste allemand Carl Schmitt.

(6) Voir le discours d’Emmanuel Macron à l’École de guerre (Paris), le 7 février 2020 (https://​tinyurl​.com/​n​h​z​h​k​b4x).

(7) Le 9 mai 2025, Paris et Varsovie signaient le traité de Nancy, qui comporte une clause de défense consolidant celles de l’OTAN (l’article 5) et de l’Union européenne (article 42, &7).

Légende de la photo en première page : Un soldat allemand observe le navire de patrouille danois HDMS Knud Rasmussen lors d’une mission de reconnaissance multinationale à Nuuk, au Groenland, le 17 janvier 2026. « L’objectif est d’étudier les conditions-cadres d’une éventuelle contribution militaire au soutien du Danemark pour garantir la sécurité dans la région, notamment en matière de surveillance maritime », soulignait le ministère de la Défense allemand. (© Bundeswehr/Marc Tessensohn)

Article paru dans la revue Diplomatie n°138, « Réarmer l’Europe : quels enjeux ? », Mars-Avril 2026.
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