Conceptualisée en 2007 par le Japon, la notion d’Indopacifique désigne une région qui abrite les deux pays les plus peuplés du monde, l’Inde et la Chine, totalisant à eux deux près de 2,9 milliards d’habitants. Dans cet espace, l’Asie du Sud — qui comprend deux puissances nucléaires, New Delhi et Islamabad — joue un rôle majeur, notamment en raison de ses relations avec la Chine.
Face à la volonté chinoise de dominer l’Indopacifique, les deux principaux pays d’Asie du Sud, l’Inde et le Pakistan, adoptent des politiques diamétralement opposées : l’Inde se réfugie dans le multi-alignement, tandis que le Pakistan s’aligne clairement sur Pékin. Si le Bangladesh, le Népal et même le Bhoutan ne restent pas insensibles aux promesses d’aide chinoises, les Maldives s’alignent sur les positions chinoises, tandis que le Sri Lanka, de son côté, tente de résister à cette influence.
L’Inde : un acteur multi-aligné
L’Inde maintient aujourd’hui des relations privilégiées avec la Russie, qui lui vend du pétrole à des prix inférieurs à ceux du marché mondial et continue de lui fournir, bien que moins qu’auparavant, des armements. En retour, l’Inde accorde à la Russie — qui dispose d’une façade maritime sur l’Indopacifique — des facilités portuaires dans le domaine militaire, et participe à des exercices communs avec elle.
L’Inde craint en effet un encerclement par la Chine, qui développe des relations étroites avec les pays d’Asie du Sud. Cela se traduit en particulier par les corridors économiques Chine-Pakistan (entre Kashgar et Gwadar) et Chine-Birmanie (entre Kunming et Kyaukpyu). L’influence grandissante de la Chine au Bangladesh, au Népal et même au Bhoutan inquiète l’Inde au plus haut point. Si l’Inde s’efforce de convaincre le Bhoutan de ne pas céder le plateau du Doklam que Pékin revendique, une absorption de ce territoire par la Chine empêcherait l’Inde de surveiller la vallée chinoise de la Chumbi, ce doigt de gant s’enfonçant vers le sud, entre le Sikkim et le Bhoutan. A contrario, elle permettrait à la Chine d’exercer un certain contrôle sur l’étroit passage appelé corridor de Siliguri, très vulnérable, reliant l’Assam et les autres provinces du nord-est au cœur de l’Inde et, en cas de conflit, de couper plus facilement ce cordon ombilical.
La Chine réplique aux incriminations indiennes qu’elle ne menace en rien l’Inde. Elle ne fait que répondre, affirme-t-elle, par un contre-encerclement, à un véritable encerclement de son territoire par les États-Unis et les puissances asiatiques qui leur sont proches, parmi lesquelles elle classe l’Inde. Il est un fait que l’Inde constitue, pour les États-Unis, un contrepoids indispensable face à la Chine dans l’Indopacifique.
L’Inde condamne vivement la politique agressive que mène la Chine à son détriment dans l’Himalaya, au Ladakh et en Arunachal Pradesh. Pékin considère que ces deux provinces indiennes lui appartiennent. L’Inde s’efforce de contrer l’établissement de nouveaux villages chinois le long du tracé frontalier contesté dans l’Himalaya, notamment au Ladakh et en Arunachal Pradesh, en promouvant à son tour la construction de villages. Elle en construit également au Sikkim, bien que la frontière y soit en principe non contestée, par crainte d’un revirement chinois. Des incidents violents ont opposé les deux armées au Ladakh en 2020, à la suite de grignotages chinois. D’autres affrontements ont eu lieu ultérieurement en Arunachal Pradesh. Déployant désormais des troupes au plus près des frontières contestées, l’Inde s’efforce de stopper de nouvelles incursions chinoises. New Delhi s’inquiète aussi de la présence grandissante de la Chine dans l’océan Indien. Elle accorde, comme la France, une grande importance à la sécurité dans la zone indopacifique, un concept géographique et géopolitique qu’elle accepte.
Malgré les différends frontaliers, l’Inde maintient des liens économiques forts avec la Chine. Les échanges commerciaux dépassent largement les 100 milliards de dollars par an et continuent de croitre. Toutefois, mécontente de l’attitude agressive de la Chine aux frontières himalayennes, l’Inde cherche à réduire ses interactions économiques avec Pékin. Ainsi, elle a restreint les investissements chinois sur son territoire, interdit plusieurs applications numériques d’origine chinoise et mis fin aux liaisons aériennes directes entre les deux pays. Cependant, en 2025, son attitude s’assouplit : elle envisage notamment de rétablir ces liaisons aériennes directes.
Bien que confrontée à un important déficit commercial, l’Inde continue d’importer des produits chinois, notamment par nécessité pour équiper ses nouveaux ports et faire fonctionner son industrie pharmaceutique. Les deux pays se partagent une part prépondérante de la production mondiale de médicaments génériques : l’Inde importe de Chine les principes actifs, tout en se consacrant à la formulation pharmaceutique et au conditionnement. Dans le secteur de la santé, Inde et Chine sont à la fois complémentaires et concurrentes.














