Depuis le milieu des années 2000, la Russie ambitionne de devenir la première puissance militaire et économique dans l’océan Glacial Arctique. Avec une façade maritime équivalente à la moitié de l’océan Arctique, Moscou dispose de moyens militaires permanents stationnés de Mourmansk à Chukotka, ainsi que sur des bases aériennes dans l’archipel François-Joseph, sur Nouvelle-Zemble et dans l’archipel de Nouvelle-Sibérie. Certaines bases ont été construites récemment, alors que d’autres, datant de l’époque de l’URSS, ont été réhabilitées.
Territorialement parlant, la Russie revendique quasi la moitié du bassin arctique, délimité par une ligne droite allant du pôle Nord au détroit de Béring, longeant la dorsale de Mendeleïev, et croisant la dorsale de Lomonossov qui rattache le pôle au territoire russe. Jouissant d’une flotte de brise – glaces unique au monde, Moscou a fait de l’Arctique sa priorité afin de restaurer son rang de puissance de premier rang : le Kremlin applique à cet endroit une doctrine défensive faisant de l’Arctique un bastion qui lui permet de protéger ses moyens de dissuasion nucléaire dans la péninsule de Kola, ses mégaprojets miniers et d’extraction de gaz et de pétrole, ainsi que ses infrastructures le long de la route du Nord-Est. Enfin, c’est aussi un espace permettant à la Russie de projeter ses forces vers l’Arctique central, la mer de Béring et l’Atlantique nord.
Sur le plan économique, l’exploitation des ressources minières a toujours constitué un enjeu pour la Russie, accentué aujourd’hui par son économie très affaiblie par les sanctions internationales et qui résiste en grande partie grâce à la vente bon marché d’énergies fossiles à la Chine. Cet enjeu économique se double donc d’un enjeu de survie pour le régime Poutine.
Dans le contexte actuel, la guerre en Ukraine n’a pas altéré les ambitions russes dans la région, elle les a rendues plus urgentes. Moscou cherche donc à développer ses infrastructures et à renforcer sa capacité de projection, tout en se focalisant sur les opérations sous le seuil et en zone grise (seabed warfare, guerre électronique, provocations diverses). Mais, en pratique, ces ambitions restent dans le domaine du déclaratoire et se heurtent au principe de réalité, notamment l’entretien et l’extension des infrastructures portuaires qui se trouvent ralentis par les sanctions internationales. La Chine pourrait être un partenaire, mais elle vise une capacité à naviguer sans escale à travers l’Arctique, et non pas à moderniser les ports le long du corridor russe.
Sur le plan militaire, les sanctions internationales limitent la capacité de Moscou à fabriquer des armes de précision, et donc à les déployer dans la région arctique, alors que la flotte du Nord détient 20 % de cette capacité au sein de l’armée russe. Elles limitent également la capacité de régénérer les stocks, notamment de systèmes nécessitant des composants occidentaux, tels que le char T‑90 par exemple.
Des forces terrestres en piteux état
Concernant ses unités de mêlée, l’armée russe aligne deux brigades permanentes spécialisées dans le combat en milieu polaire, appartenant au district militaire de Leningrad et rattachées à la flotte du Nord, la plus volumineuse des quatre flottes de la marine russe. Comparativement aux autres brigades de fusiliers motorisés, leur effectif est nettement moindre (entre 1 400 et 2 000 hommes chacune) et elles disposent d’équipements et de véhicules spécifiques à la manœuvre en milieu polaire, tels que des motoneiges de différents types (ouvertes ou à cabine chauffée), des chenillettes TTM‑4902 (ressemblant aux VAC de notre 27e brigade d’infanterie de montagne) et des chenillés articulés DT‑10 et DT‑30. Les MT‑LBV et VMK, camions KamAZ et 4 × 4 Ural sont modifiés pour s’adapter aux températures extrêmes.
La 200e brigade séparée de fusiliers motorisés, créée en 1997, est devenue en 2011 la première des deux nouvelles brigades arctiques des forces terrestres russes. Basée dans l’oblast de Mourmansk, elle fut déployée en 2014 dans le Donbass avant de prendre part à l’invasion de l’Ukraine en février 2022, dans la zone de Kharkiv. Au début du mois de mars 2022, l’unité avait perdu deux groupes tactiques (BTG) ainsi que son bataillon d’artillerie lance – roquettes. Ces pertes ne furent que partiellement recomplétées en juillet 2022, à hauteur d’un BTG composé de réservistes, de troupes de défense côtière et de marins, tous d’un niveau de préparation relativement faible. À la fin de l’année 2022, la brigade avait perdu 40 % de ses effectifs et de ses véhicules, parmi lesquels des chars T‑80BVM et des transports de troupes MT‑LBV.














