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La Russie face à l’Arctique : des ambitions toujours intactes

Enfin, la marine russe aligne elle aussi sa propre flotte de brise – glaces militaires. L’Ilya Muromets (Projet 21180), en service depuis fin 2017, mesure 85 m de long pour un déplacement de 6 000 t, avec une propulsion diesel – électrique. Il peut ouvrir la voie dans des glaces jusqu’à 1 m d’épaisseur et il est doté d’un hélipad. Le coût élevé de cette classe de brise – glaces a retardé le Projet 21180M, moins coûteux. Ce dernier comporte deux brise-glaces auxiliaires de 82 m de long pour un déplacement de 4 080 t, avec des capacités moindres. Le premier exemplaire est entré en service en juillet 2024 au sein de la flotte du Pacifique, le deuxième étant en chantier avec une livraison prévue en 2027 à la flotte du Nord.

Pour enfoncer le clou, Moscou ne se contente pas de ses brise – glaces pour prendre l’avantage sur ses compétiteurs. Le Projet 23550, lui aussi de conception récente, vient y ajouter un autre concept : les patrouilleurs polaires. L’Ivan Papanin, qui vient tout juste d’entrer en service, n’est autre qu’un brise-glace lance – missiles, long de 114 m pour un déplacement de 8 500 t, armé d’un canon de 76 mm et de huit missiles de croisière 3M54 Kalibr. Il est capable de briser une glace jusqu’à 1,80 m d’épaisseur et comporte un hélipad ainsi qu’un hangar pour un hélicoptère Ka‑27. Quatre exemplaires sont prévus pour constituer cette nouvelle classe de patrouilleurs.

Une remontée en puissance incertaine

La Russie tente de renforcer sa posture à travers l’installation de bases à la frontière finlandaise, par un rehaussement capacitaire (systèmes de défense aérienne, brise – glaces, navires et modernisation d’infrastructures existantes) ainsi que par l’accroissement du nombre d’exercices menés en zone polaire. Toutefois, une remontée en puissance dans ce secteur nécessiterait aussi la création de formations militaires supplémentaires (à hauteur de 50 000 hommes en ce qui concerne le seul district militaire de Leningrad). Le commandement aurait alors un dilemme : soit réaffecter des unités existantes stationnées ailleurs sur le territoire russe et les former au combat arctique, soit accroître le recrutement pour armer ce volume de force supplémentaire, sachant que l’actuel recrutement peine déjà à atteindre ses objectifs pour recompléter les pertes infligées par l’armée ukrainienne.

En théorie, recruter des personnels avec la perspective de les stationner dans l’Arctique semble plus facile que de les envoyer en Ukraine. Mais si les alliances (Chine, Corée du Nord, Iran) permettent de faire face aux besoins en munitions de base, la production de systèmes d’armes plus complexes souffre des sanctions internationales qui ont coupé l’approvisionnement en composants électroniques occidentaux. Or, pour installer de nouvelles unités en Arctique et être crédible, il faut produire les armements dont elles auront besoin. Les intentions peinent donc à être suivies d’actions concrètes et efficaces, et considérant le contexte actuel, rien ne porte à croire que la Russie va les concrétiser dans un proche avenir.

Légende de la photo en première page : Forces russes en exercice à Samara, en février 2017. (© Knyazevfoto/Shutterstok)

Article paru dans la revue DSI hors-série n°106, « Russie : quelle puissance militaire ? », Février-Mars 2026.
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