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La Russie face à l’Arctique : des ambitions toujours intactes

En juin 2025, la 200e brigade séparée fut reformée sous le nom de 71e division de fusiliers motorisés de la garde : passant de brigade à division, elle incarne l’importance croissante portée par le commandement de l’armée russe aux unités arctiques. Elle forme la composante arctique du district militaire de Leningrad aux côtés de la 80e brigade arctique, de la 61e brigade séparée d’infanterie de marine de la garde et d’éléments de défense côtière, ces unités relevant de la flotte du Nord d’un point de vue opérationnel. Créée en 2014, la 80e brigade arctique de fusiliers motorisés fut la deuxième unité de ce type, rejoignant la 200e brigade au sein du 14e corps d’armée de la flotte du Nord. Si ces deux unités appartiennent au même corps d’armée, la 200e brigade fait partie de l’armée de terre, tandis que la 80e brigade relève de la marine russe. Basée, elle aussi, dans l’oblast de Mourmansk, sa mission principale est de patrouiller le long de la frontière norvégienne et de protéger différentes infrastructures situées dans cette zone.

La 80e brigade arctique fut déployée en Ukraine en juin 2022, avec une affectation dans la région du Donbass. Tout comme la 200e brigade, elle fut déployée avec ses systèmes antiaériens Tor‑M2DT, montés sur châssis de DT‑30PM et spécifiques au combat arctique. Plusieurs d’entre eux ont été détruits ou mis hors service lors des différents déploiements de l’unité autour de Kharkiv, puis de Bakhmout, de Kherson et de Dnipro. La 80e brigade a également déployé des MT‑LBV, des DT‑10 et DT‑30 ainsi que des motoneiges TTM, dont un certain nombre, difficile à évaluer, ont été détruits ou perdus.

En 2023, ses éléments ont servi dans l’oblast de Kherson, où 80 % d’entre eux ont fini par être éliminés par l’armée ukrainienne, en particulier lors d’un engagement dans l’estuaire du Dniepr en avril 2024. D’un point de vue plus général, ce sont les forces terrestres de la flotte du Nord qui ont subi des pertes en Ukraine ; les composantes navale et aérienne n’ont pas été atteintes.

La composante navale de la flotte du Nord, à laquelle appartiennent aussi les unités amphibies (la 61e brigade séparée d’infanterie de marine, le 420e bataillon Spetsnaz de reconnaissance navale, ainsi que les 160e, 269e et 313e détachements séparés de contre-offensive sous – marine), est de facto spécialisée en combat arctique en fonction de sa zone d’affectation permanente.

La 61e brigade séparée d’infanterie de marine a également été déployée en Ukraine dès le début de l’invasion, son chef de corps ayant été tué début mars 2022 près de Kharkiv. L’unité a continué d’être engagée, notamment dans la région de Kherson, jusqu’en septembre 2025 alors que ses éléments étaient vus près de Dobropillie, dans la région de Pokrovsk. Il semble que l’unité, considérée comme l’une des mieux entraînées de l’armée russe, ait été déployée sur les points les plus difficiles du conflit, et rien n’indique qu’elle ait été retirée du champ de bataille à l’heure actuelle.

Enfin, les unités VDV (la 76e division d’assaut aéroportée de la garde ainsi que les 98e et 106e divisions parachutistes de la garde) comportent des éléments ayant suivi un entraînement et un aguerrissement au milieu arctique, mais ce ne sont pas des unités spécialisées à plein temps en combat polaire.

Les brise-glaces, indispensable appui à la mobilité

Unique au monde, car seule la Russie construit et utilise ce type de navire, la flotte russe de brise – glaces à propulsion nucléaire compte actuellement six bâtiments (deux de la classe Arktika, et quatre de la classe Arktika II), qui viennent s’ajouter aux 30 brise – glaces à propulsion diesel – électrique. Longs de 173 m pour un déplacement de 33 327 t, dotés d’un hélipad, les Arktika II sont des navires gigantesques dont la propulsion nucléaire leur permet de naviguer en continu sans ravitaillement pendant quatre ans, avec une puissance supérieure à une propulsion classique. Ils peuvent ouvrir des couloirs maritimes à travers une glace de plus de trois mètres d’épaisseur et même assurer certaines missions de transport. Le premier brise – glaces de la classe Arktika II (Projet 22220) est entré en service en 2020 pour entamer le remplacement progressif de la classe Arktika, qui datait de 1975. Ce qui en fait une flotte récente et de conception moderne, les trois derniers exemplaires devant entrer en service respectivement en 2026, en 2028 et en 2030.

Ensuite, la classe Leader (Projet 10510), actuellement en développement, viendra compléter la classe Arktika II avec un premier exemplaire lui aussi prévu pour 2030 : le Rossya. Long de 209 m pour un déplacement de 69 700 t (soit le double d’un Arktika II), le Rossya incarne la volonté russe de prendre une avance irrémédiable sur le contrôle de l’Arctique.

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