Si lors de sa première mandature (2017-2021), Donald Trump n’avait manifesté qu’un intérêt limité pour les questions africaines (1), la priorité désormais donnée par les États-Unis à la diplomatie commerciale traduit néanmoins une forme d’interventionnisme plus marqué expliquant pourquoi l’Afrique s’est régulièrement invitée à l’agenda public américain depuis le retour du républicain à la Maison-Blanche en janvier 2025.
Les fondements stratégiques de la politique américaine en Afrique révèlent indéniablement une certaine continuité sur le long terme : les États-Unis n’ont jamais fait du continent africain une priorité stratégique au même niveau que l’Europe, le Moyen-Orient ou l’Asie-Pacifique (2). En fait, l’implication de Washington en Afrique a le plus souvent alterné entre phases de coopération soutenue et périodes de relative indifférence, en fonction des rivalités entre acteurs internationaux, des crises internationales et des intérêts économiques (3). Après 1945, l’Afrique était vue, avant tout, comme un espace de rivalités idéologiques sur fond de guerre froide contre l’Union soviétique, et les années 1990 ont plutôt été une période de désintérêt relatif de la politique extérieure américaine vis-à-vis du continent africain, alors considéré comme « périphérique » (4). À partir des années 2000, la relation américano-africaine est devenue plus complexe, notamment à l’aune de la reconfiguration des enjeux sécuritaires (menaces hybrides, lutte contre le terrorisme, etc.) couvrant à la fois des aspects militaires, mais aussi économiques et de développement. Depuis la mandature de George W. Bush (5), chaque administration a donc régulièrement réévalué et réorienté l’engagement des États-Unis en Afrique en fonction de l’évolution de ses priorités nationales et internationales.
Dans ce contexte, que penser de la diplomatie africaine de Donald Trump depuis son retour à la tête des États-Unis début 2025 ? L’Afrique, qui n’était pas une priorité de l’administration de Joe Biden (2021-2025) en matière de politique étrangère, ne semble pas, a priori, en devenir une pour la nouvelle administration Trump. Cependant, elle semble s’inviter régulièrement dans l’agenda public américain. En effet, du démantèlement de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), dont les pays africains étaient les principaux bénéficiaires, à la restriction d’accès aux visas (travel ban), en passant par les incertitudes concernant l’African growth and opportunity act (AGOA (6)), la nouvelle mandature de Trump n’épargne pas l’Afrique et prend même quelquefois une posture abrupte à l’image des échanges tendus entre Donald Trump et Cyril Ramaphosa lors de la visite en mai dernier du président sud-africain à Washington (7). Placée sous le slogan « Trade, not aid » (8) et présentée comme visant à servir les intérêts mutuels des États-Unis et de l’Afrique, la nouvelle approche de l’administration Trump cache en réalité d’autres objectifs plus stratégiques : contrer l’influence des concurrents internationaux, notamment celle de la Chine, et sécuriser l’accès à certaines ressources naturelles du continent, dont plusieurs minerais critiques comme le cobalt, le coltan, le platine ou le lithium. Notons toutefois que cette approche plus que jamais transactionnelle n’a pas fondamentalement modifié la perception de l’Afrique par les États-Unis en matière de lutte contre le terrorisme et de menace migratoire, ces deux questions continuant d’inspirer largement leurs actions sur le continent (9).
Diplomatie commerciale sur fond de lutte entre grandes puissances
Contrairement à l’impression d’improvisation laissée par le premier mandat de Trump, la nouvelle politique extérieure des États-Unis semble, cette fois-ci, mieux intégrer la compétition en cours avec la Chine et les autres acteurs internationaux tels que la Russie (10). Le traitement diplomatique actuel de l’Afrique par les Washington doit être lu dans le contexte plus large de l’offensive commerciale engagée par le président américain à travers le monde et de sa charge contre le multilatéralisme (11). En effet, face à l’influence croissante de la Chine, matérialisée par des investissements massifs dans les infrastructures et une présence économique dominante dans de nombreux pays africains (12), les États-Unis adoptent une posture plus affirmée impliquant un changement brusque de référentiel, l’Afrique n’étant plus considérée comme simple bénéficiaire de l’aide au développement, mais bien comme un partenaire commercial à part entière. Les récentes coupes budgétaires imposées à la majorité des programmes de l’USAID (13), ainsi que le lancement par le Département d’État, en mai dernier, d’une stratégie de diplomatie économique et commerciale vis-à-vis du continent, s’inscrivent parfaitement dans cette logique (14). Finalement, la politique de l’administration Trump est assez explicite : il s’agit de renforcer la présence économique américaine en Afrique à travers l’augmentation des exportations et des investissements, d’assurer la sécurité de l’approvisionnement en ressources stratégiques, de réduire les déficits commerciaux et, accessoirement, de « promouvoir une prospérité mutuelle » (15).














