Ces nouvelles orientations diplomatiques ont d’ores et déjà d’importantes conséquences. Les mesures mises en œuvre dans le cadre du Liberty Day, en avril 2025, ont particulièrement touché les pays africains, traduisant une application indifférenciée de la politique tarifaire américaine. Plusieurs d’entre eux ont vu leurs droits de douane fortement augmenter, y compris certains pourtant bénéficiaires des préférences commerciales accordées par l’AGOA. Sur le plan de l’aide publique au développement, des milliers de programmes d’appui à l’Afrique, tous secteurs confondus, se sont arrêtés en quelques semaines, affectant ainsi le quotidien de plusieurs millions de personnes sur le continent. Enfin, la diplomatie américaine, en faisant de l’accès aux nombreuses ressources du sous-sol africain un enjeu stratégique majeur, vient bousculer les dynamiques à l’œuvre en Afrique. C’est déjà le cas dans la région des Grands Lacs, qui fait l’objet d’un engagement américain accru avec, en toile de fond, l’accès à ses réserves minières (16), ou encore au Sahel, où la reconfiguration pragmatique de la présence américaine vise à préserver une influence sécuritaire et économique face à l’expansion russe (17).
Si la diplomatie commerciale constitue désormais un axe central de l’engagement de l’administration Trump en Afrique (18), celle-ci s’accompagne également d’un processus de personnalisation de la diplomatie américaine, impulsé par le président en personne. Ainsi, la structure actuelle de la gouvernance des affaires africaines au sein de l’administration illustre une concentration du pouvoir en dehors des canaux traditionnels. Alors que les postes clés au Département d’État et au Conseil de sécurité nationale manquent encore de figures d’autorité établies, l’homme d’affaires Massad Boulos a été nommé, en avril dernier, envoyé spécial pour l’Afrique (19). Sa proximité personnelle avec Trump en fait l’interlocuteur le plus influent sur ces dossiers, suggérant alors une primauté des liens personnels sur l’expertise institutionnelle dans la formulation de la politique américaine sur le continent africain. Par ailleurs, les États-Unis semblent, de plus en plus, opter pour le recours à des sociétés militaires privées en Afrique, afin notamment de contourner les contraintes politiques et budgétaires d’un engagement militaire direct. Cette externalisation, souvent justifiée par la lutte antiterroriste ou la protection des intérêts économiques, permet alors à Washington de maintenir une influence sécuritaire tout en réduisant sa visibilité et ses responsabilités sur le terrain (20).

Une diplomatie toujours marquée par les questions sécuritaires et migratoires
Depuis le début des années 2000, la sécurité et la lutte contre le terrorisme demeurent des axes structurants de l’engagement américain en Afrique. En dehors du volet commercial, l’administration Trump parait s’inscrire dans la continuité de cette orientation. En effet, l’engagement des États-Unis dans la lutte antiterroriste reste fortement centré sur le théâtre africain. Dès le mois de juin 2025, la Maison-Blanche a d’ailleurs souligné la persistance de la menace terroriste provenant du continent, en particulier de la Somalie, et a réaffirmé la nécessité d’y apporter une réponse adéquate.
Toutefois, les États-Unis semblent aujourd’hui privilégier une réduction des engagements directs, en limitant les opérations militaires permanentes et en favorisant des frappes ciblées, comme en Somalie (21). Ainsi, le Commandement américain pour l’Afrique (Africom (22)) a subi certaines transformations depuis début 2025. Il a notamment subi une réduction significative de son empreinte opérationnelle sur le terrain ainsi qu’une recentralisation de ses priorités, reflétant la volonté de l’administration Trump de réduire les couts et les risques pour les forces américaines (23). L’Africom se concentre désormais sur trois axes principaux : la lutte contre les groupes djihadistes perçus comme une menace directe pour les États-Unis, la limitation des influences militaires, chinoise et russe, et la protection des routes maritimes stratégiques (24). Notons que l’engagement américain se concrétise également à travers une coopération dans les domaines militaire et du renseignement, avec certains régimes africains jugés stratégiques, afin d’assumer au mieux la lutte contre les groupes djihadistes, notamment au Sahel et en Afrique de l’Ouest.
En parallèle, dans le cadre de sa politique de lutte contre l’immigration illégale, la Maison-Blanche a annoncé, le 4 juin dernier, interdire l’entrée sur le territoire américain aux citoyens de sept pays africains (25). En réinstaurant et en étendant le travel ban, l’administration Trump s’est clairement inscrite dans la logique idéologique portée par la galaxie MAGA (26) à l’égard de l’Afrique. Cette politique, qui illustre parfaitement l’instrumentalisation des questions sécuritaires et migratoires à des fins de politique intérieure et de rivalité géopolitique, ne répond que très partiellement aux défis réels de stabilité en Afrique (27). Ainsi, le travel ban, qui vise à protéger le territoire national américain en ciblant des États perçus comme instables ou liés à des réseaux djihadistes, apparait quelquefois arbitraire et souvent inefficace, d’autant plus qu’il touche parfois des partenaires considérés comme stratégiques par les États-Unis, comme le Tchad ou le Sénégal. Sur le plan géopolitique, la mesure s’inscrit dans une stratégie de rivalité avec la Chine et la Russie. En restreignant les mobilités et en durcissant les conditions d’entrée, Washington cherche à renforcer sa capacité de pression sur les gouvernements africains et leurs politiques extérieures. Enfin, sur le plan idéologique, le travel ban traduit la continuité d’un discours populiste ancré dans la doctrine « America First ». Il illustre la vision d’une diplomatie de la force, où les instruments migratoires sont mobilisés comme des leviers politiques plutôt que comme des outils de coopération. Depuis début juin, 25 nouveaux pays du continent africain sont menacés par la restriction d’accès au visa américain s’ils ne se conforment pas aux exigences de Washington (28).













